Transplant blues – Episode 30 : Même pas mal

Cette petite chambre, ainsi que les trois autres de même nature, sont réservées aux nouveaux transplantés. Elles sont regroupées dans un même ensemble et séparées du couloir par un sas puis par un grand bureau réservé aux médecins et infirmières lors de leurs passages. Ces chambres sont réputées « stériles », ce qui est un euphémisme, car seuls les visiteurs doivent d’abord passer dans le sas pour y revêtir casaque, masque, bonnet et protèges chaussures. Le personnel médical circule par contre assez librement. La solution « zéro microbe » est donc relativement surestimée !
Disons que le maximum est fait pour nous isoler le mieux possible des atteintes extérieures, du moins pendant les tous premiers jours, puisque nos défenses immunitaires font être mises à rude épreuve du fait des médicaments anti-rejet.

Cette chambre n’est pas très grande, le lit en occupe la plus grande partie, complété par un fauteuil et une télé suspendue au plafond. Comme le service se trouve au 7ème étage, les baies vitrées surplombent le toit d’un bâtiment moins haut. Au loin, les limites de l’hôpital puis, au-delà, les immeubles de ce quartier du Kremlin-Bicêtre.
Je vais passer une semaine dans cette chambre, avant d’être transféré ailleurs, un peu plus loin dans le service, chassé par un nouveau transplanté.

En attendant, je n’ai pas vraiment la grande forme, encore entre veille et réveil. Curieusement, je ne ressens aucune douleur, peut être à cause de tranquillisants distillés par le goutte à goutte branché en sous-clavière au niveau de l’artère ? A l’époque, l’usage de la pompe à morphine pilotée par le patient en fonction de son ressenti de la douleur n’était pas encore en vogue ! Mais même si cela avait été le cas, je ne sais pas si j’y aurais eu recours ? Il est vrai que cette absence de sensation véritablement douloureuse, pour une opération aussi importante touchant à l’abdomen m’a toujours étonné. J’avais en tête le souvenir de personnes qui se pliaient en deux et gémissaient pour faire quelques pas après une simple appendicite ! Je pense donc être assez favorisé sur le plan de la perception de la douleur, car cette constante s’est répétée à chacune des interventions que j’ai subies !

Il ne faut surtout pas en tirer de conclusions hâtives, ce n’est pas le cas pour tout le monde et j’ai parfaitement conscience que les réveils et les suites opératoires peuvent être effectivement douloureux dans bien des cas. Pas de catastrophisme non plus, ce n’est qu’un mauvais moment à passer… et puis les analgésiques et la prise en compte de la douleur ont fait de grands progrès depuis pas mal d’années ! Fini le temps où on laissait souffrir les patients en pensant que cela devait faire partie du traitement !

L’esprit un peu plus clair, je commence à me rendre compte de tous les tubes et tuyaux sur lesquels je suis branché ! C’est fou tout ce qui peut me sortir du corps ! Le cathé en sous-clavière, c’est déjà répertorié ! J’en ai un second au dessus de la main droite, un des seuls endroits véritablement sensible. Il aboutit également sur la potence et relié à une perfusion de sérum uniquement destinée à préserver la veine en vue de prises de sang ultérieures ou d’injection de produits nécessaires en cas de besoin.

Un double petit tuyau dans les narines m’envoie de l’oxygène : je ne sens pas la différence avec l’air ambiant mais apparemment cela doit m’aider à mieux respirer ! J’ai une pince, au bout de mon index de la main droite, prolongée par un fil qui doit aboutir à un appareil placé derrière moi, hors de mon regard.

Un brassard pour les prises de tension est fixé à ma cheville gauche, mes bras étant indisponibles à cause de la perf’ d’un côté et de ma fistule de l’autre.

J’ai gardé le meilleur pour la fin ! Quelque chose qui n’est pas sans me rappeler un souvenir des plus pénibles (allez vous rafraîchir la mémoire à l’Episode 24 !), à savoir une sonde vésicale qui, comme on me l’indiquera plus tard, part de l’intérieur de ma vessie, ressort par l’urètre et aboutit à une poche accrochée plus bas sur le côté de mon lit. J’ai échappé, pour cause d’anesthésie générale, au doux plaisir de sa mise en place ! J’ose espérer que son retrait sera moins douloureux ?

Au cours des premières 24 heures, je vais, à travers cette sonde, pisser plus de huit litres !

2 Responses to Transplant blues – Episode 30 : Même pas mal

  1. zoubida dit :

    j ai subi une deuxieme transplantation renale le 18 decembre 2006 ( greffe familiale entre époux ) : preuve d amour direz-vous ? en juin 2008 , je découvre que mon mari a une liaison torride avec une de ses collègues .
    depuis , rien ne va dans ma vie privée . pourquoi avoir traverse toutes ses épreuves à 2 , et ensuite me trahir de la sorte . n ‘ a-t-il fait que son devoir de mari ?
    je ne sais plus ou j en suis . actuellement , la greffe fonctionne bien

  2. bouzou dit :

    C’est bien malheureux et je ne suis pas psychologue… Une chose est à retenir cependant, c’est cet énorme cadeau qu’il vous avait fait à une époque où son amour était certainement très fort (ce n’est pas quelque chose que l’on fait uniquement par devoir !)
    Bon courage à vous !

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