Au jour le jour : La grande illusion par Luc Besson

C’est très long, j’en conviens, mais c’est on ne peut plus clair ! Soyez patients et lisez jusqu’au bout !

(English translation below)

LA GRANDE ILLUSION

Mes chers compatriotes, mes amis, mes frères.

Je m’appelle Luc B, j’ai 57 ans, je suis français, marié et père de cinq beaux enfants.
Je n’appartiens à aucune communauté, aucun parti, aucun syndicat.
Je ne bois pas, je ne fume pas et je ne me suis jamais drogué.
Par contre je travaille, et ce, depuis l’âge de 17 ans.
Je travaille pour ma société, pour ma famille et pour mon pays.
Je suis, somme toute, un citoyen comme les autres.
J’ai le sentiment de faire partie du peuple de France et je suis fier de l’être.
Je prends la parole aujourd’hui parce que je me dois de dénoncer la belle arnaque dans laquelle nous nous apprêtons à tomber.

L’Arnaqué

Les arnaqués c’est nous.
Foule sentimentale, en mal d’idéal, baladée par les discours, épuisée d’avoir cru, écœurée par les promesses non tenues.
Affaiblis, désabusés, nous sommes une proie facile, comme un animal blessé, abandonné au milieu de la forêt.
Aveuglés par nos larmes, nous sommes la cible parfaite des vendeurs de fleurs à l’entrée des églises et des vendeurs de mouchoirs à la sortie des cimetières.
Notre mal-être nous expose, nous rend vulnérable. Nous sommes prêts à entendre n’importe quoi du moment que ça soulage. C’est le moment idéal pour nous abuser et c’est le créneau choisi par les escrocs pour entrer en piste.

L’arnaqueur

Ils sont deux et travaillent en tenaille : la famille LE PEN et le Front National.

Rappelons brièvement ce qu’est la famille LE PEN.
Le père tout d’abord, pour qui la shoah est un détail, le racisme une douce mélodie et l’étranger un nuisible. Il se réclame de race blanche et supérieure, mais plus il parle, plus je rêve d’être noir.
Il y a une quarantaine d’années, il a monté une petite boutique où tous les articles sur le fascisme, le racisme ou la xénophobie sont en vente libre.
Il a aussi une maison de disques qui, il n’y a pas si longtemps, éditait encore les droits musicaux de chants nazis.
La boutique est aussi connue pour ses excès verbaux et physiques et ses dérapages fréquents. Mais les français ont parfois la mémoire courte. Qui se souvient des ratonnades des années 80 ? Qui se souvient de ce jeune arabe jeté dans la seine et qui a succombé à ses blessures ? N’oubliez jamais sinon, un jour, c’est vous qu’on oubliera.

Fatigué par tant d’activités, le père a passé les clés de la boutique à sa fille « Marine », qui aujourd’hui se réclame « la candidate du peuple » « La candidate antisystème »
La bonne blague ! Marine est une héritière, élevée à Saint-Cloud, dans l’aisance et le luxe.
Elle n’a jamais vraiment travaillé de sa vie, ni en entreprise, ni en usine et encore moins à la ferme. Elle n’a jamais participé à l’essor de la France et n’a jamais créé d’emplois (à part des fictifs apparemment).
Elle est en réalité la parfaite représentante du système qu’elle dénonce.
Elle vit des allocations de Bruxelles, et se sert de toutes les lois du système pour lui permettre d’améliorer son quotidien.
Comment peut-on se réclamer « candidate du peuple » quand on n’a jamais travaillé avec lui ni pour lui ? Et comment peut-on se déclarer « antisystème » quand on l’utilise à fond depuis des décennies ?

Le FN maintenant : une Jolie P.M.E qui regroupe, dans ses instances, l’élite du fascisme à la française.
J’ai lu les 144 points de leur programme pour la présidentielle. Trois ou quatre points sont intéressants, une cinquantaine sont inapplicables, le reste n’est que du racolage électoral. On vous dit tout ce que vous voulez entendre, du moment que vous votez pour eux.
Le Front National nous propose de fermer les frontières et chasser les étrangers, c’est-à-dire vivre petitement, entre nous. De se reproduire en famille en quelque sorte.
À quelle période de l’histoire et dans quel pays, le repli sur soi-même a-t-il marché ? Jamais. La fermeture entraîne l’isolement. L’isolement amène le totalitarisme. Le totalitarisme mène au fascisme. Le fascisme à la guerre.
Cinq mille ans d’histoire sont là pour le prouver et ce n’est pas la petite héritière de Saint-Cloud qui va changer l’histoire.

L’arnaque

Comme nous avons affaire à des professionnels, l’arnaque est double.
Régulièrement il y a en France, des élections. Comme les frais de campagne sont remboursés par « le système », il y a du fric à se faire. Le FN présente alors une multitude de candidats inexpérimentés, qui n’ont évidemment aucune chance de gagner, mais qu’importe, la marque FN est suffisamment forte pour passer la barre des 5% et se faire rembourser par « le système ».
On charge alors les frais de campagne et on se fait grassement rembourser. C’est comme ça que le Front National empoche plusieurs millions d’euros à chaque élection.
(voir reportage sur France 2, très bien fait sur ce sujet).
En complément des recettes, le Front National fait payer ses cadres par Bruxelles (le système), histoire de gagner davantage.
Mais pour que ça marche, il faut passer la barre des 5%. Il faut donc que la marque soit forte.
Alors on travaille l’image de la marque, comme n’importe quelle société du système qu’elle dénonce. On fait de la pub et de la com. On refait la vitrine de la boutique pour mieux attirer le client.
On balance des images au ralenti du capitaine Le Pen, cheveux au vent à la barre de son voilier. On gomme le nom « FN » qu’on remplace par « Bleu Marine ». On choisit une fleur en guise de logo. On coupe les cheveux, blanchit les dents et on lui met un nouveau petit tailleur. Puis, chaque jour, on balance des petites phrases choc, bien étudiées, que les cadres du partie répètent en boucle sur toutes les ondes, pour être sûr que le client a bien entendu.
Vous la sentez monter l’arnaque ? La super promotion – À prix cassé – Sortie d’usine ? La grosse opération de dédiabolisation pour paraître acceptable ? mais, par définition, le diable est le diable et quand il prétend changer c’est pour mieux nous abuser.
Ensuite, on chasse le père, trop segmentant, même si on lui prend quand même au passage ses six millions d’euros pour faire la campagne. Attendons encore cinq minutes et elle nous fera croire qu’elle n’est plus au Front National.
Et puis, pour finir, le relooking bien marqueté de la candidate, on sort quelques bons slogans comme : « La France apaisée » non, mais sérieusement ? De qui se moque-t-on ? J’ai l’impression d’entendre Volkswagen qui nous vend de l’écologie alors que leurs voitures sont cinq fois plus polluantes que la norme. Apaisée ? En divisant les français ? En dénonçant leurs différences ? La diversité est une chance, une force, un espoir. Pas un fléau.
« C’est la faute aux étrangers » scandent les dirigeants du FN. Comme c’est facile de rejeter la faute sur les « autres » : pour ma part, je voudrais remercier, les maghrébins, les espagnols, les portugais, les sénégalais et tous ces étrangers qui ont défendu notre pays puis construit nos routes, nos ponts, nos hôpitaux…
Merci à tous ces amis étrangers qui ont libéré et embelli notre pays.
Merci aussi à tous les pays qui accueillent nos deux millions et demi de français vivant à l’étranger et qui jamais ne les montrent du doigt.
Mais ne nous y trompons pas, tous ces slogans faciles n’ont pour but que d’attirer nos votes, car la seule chose qui intéresse la famille LE PEN et sa petite bande d’extrémistes, c’est « le blé, la fraîche, les thunes, le flouze, le grisbi,’’ comme on disait chez Audiard.
C’est mon métier de fabriquer des rêves et de les proposer aux gens, mais personne n’est dupe : on raconte des histoires, pour rire ou pour pleurer, et même si on y met de la vérité, du sérieux et de l’amour, on ne prétend jamais que c’est la vraie vie.
Je crois savoir ce qu’est un scénario, je pense pouvoir juger un acteur.
Le film que nous propose Madame LE PEN est juste mauvais. Le scénario ne tient pas la route et son actrice principale (ainsi que les rôles secondaires) jouent faux.
Quand Madame LE PEN est sur un marché, son regard cherche la caméra, puis prend le bon angle et délivre un sourire médiatique.
Le pire c’est son regard, il est ailleurs. Elle n’en a rien à cirer du problème du boucher ou du paysan. Elle ne l’écoute pas. C’est une actrice qui joue seule, sans son partenaire. L’art de l’actrice, c’est de couler sa vérité dans une situation imaginaire. Madame LE PEN joue à l’envers : elle est dans une vraie situation et ne délivre aucune vérité. Son regard est vide d’amour, de compassion, d’émotion. Elle joue mal, tout simplement.
Le spectateur ne l’intéresse pas, il n’y a que son nom en haut de l’affiche qui la motive.
Voilà l’arnaque que je me devais de dénoncer.
Il n’y a pas de vérité dans sa démarche, juste l’envie de faire les poches à un mourant.
Nous sommes tous meurtris par les trois millions de chômeurs et les neuf millions de pauvres qui vivent en France.
J’ai mal pour nos paysans, nos artisans, nos ouvriers.
Ce sont nos compatriotes, nos frères et nos sœurs.
Madame LE PEN ne les sauvera pas, bien au contraire. Son programme ne fera qu’augmenter ces chiffres et notre détresse.
Les seuls qui pourraient vraiment faire quelque chose, c’est nous, car nous sommes le peuple français, digne et solidaire, et que c’est notre devoir de citoyen. Nous l’avons inscrit dans notre constitution.
« Fraternité » n’est pas un slogan mais une composante de notre ADN.
Occupons-nous de notre pays, ouvrons-nous, dépassons-nous et montrons aux charlatans qu’ils n’ont pas leurs places parmi nous.
Montrons au reste du monde ce que cela veut vraiment dire d’être français : un peuple ouvert, courageux et fraternel, qui n’a pas besoin d’une idéologie à deux balles pour s’en sortir.
Nous sommes un grand peuple et nous grandirons davantage en nous donnant la main.
Le monde nous regarde. L’histoire nous attend.
Aux urnes, citoyens.

THE GREAT ILLUSION

Dear compatriots, friends, and brothers,

My name is Luc B. I’m 57 years old, French, married, and father of five beautiful children.
I don’t belong to a particular community, party or union.
I don’t drink, I don’t smoke, and I’ve never done drugs.
I do work, however, and have done since the age of 17.
I work for my company, family and country.
All in all, I’m a regular citizen.
I have a sense of belonging to the French people, and I’m proud of it.
I speak out today because I owe it to myself to denounce the wonderful scam that we are on the verge of falling for.

The scammed

We are the scammed.
Sentimental folks, yearning for ideals, strung along by fine words, tired of believing, revolted by unkept promises.
Weakened, disillusioned, an easy prey—like a wounded animal alone in the jungle.
Blinded by our tears, we are the perfect target for hawkers selling flowers at church doors or handkerchieves at cemetery gates.
Our anxiety exposes us, makes us vulnerable. We’ll listen to anything that brings a moment’s relief. It’s the best possible time to abuse our confidence, and it’s the con artists’ cue to make their entrance.

The scammer

There are two of them, operating a pincer movement: the Le Pen family and the Front National.

Let’s consider the Le Pen family for a moment.
Firstly, there’s the father, for whom the Holocaust is a detail, racism is a lilting tune, and foreigners are vermin. He says he’s from the superior, white race, but the more he talks, the more I dream of being black.
About forty years ago, he started the family business trading in fascism, racism and xenophobia.
He also owns a record label that, not so long ago, was still claiming royalties on Nazi songs.
The firm also specializes in verbal and physical excesses, and provocative remarks. The French sometimes have short memories, however. Who remembers the Algerian-bashing gangs of the 1980s? Who remembers the young Arab thrown into the Seine, who later died of his injuries? Never forget, or else one day it’s you who’ll be forgotten.

Drained by such tireless activity, the father handed the business onto his daughter, Marine, who now claims to be “the candidate of the people”, “the anti-Establishment candidate.” What a joke! Marine is an heiress, raised in wealth and luxury in Saint-Cloud, a well-heeled suburb of Paris.
She has never really worked in her life: neither in a company, nor in a factory, and definitely not on a farm. She has never contributed to France’s growth, and has never created any jobs (except fake ones apparently). She is, in reality, the perfect representative of the Establishment she denounces, living off handouts from Brussels, and exploiting the system in every possible way to her advantage.
How can you claim to be the “candidate of the people” without ever working for or with the people? And how can you declare your opposition to the “system” while milking it for all it’s worth for decades?

Then there’s the Front National: a nice little business, whose upper echelons comprise the elite of French fascism. I have read the 144 points in their manifesto for the presidential elections. Three or four points are worthy of discussion, around fifty are inapplicable, and the rest is electoral fluff. You’ll be told what you want to hear just so long as you vote for them. The Front National proposes reestablishing hard borders and deporting foreigners, so it’s just us in our own little world. Keeping it in the family, in a way.
When and where in history has turning in on oneself had positive results? Never. Withdrawal brings isolation. Isolation leads to totalitarianism. Totalitarianism spawns fascism. Fascism results in war. Five thousand years of history are there as proof, and the little Saint-Cloud heiress cannot change history.

The scam

We’re dealing with professionals, so the scam is two-pronged.
France holds regular elections. Seeing as campaign expenses are reimbursed by the “system,” there is money to be made. The FN puts up a swathe of inexperienced candidates, with no chance of winning of course, but no matter—the FN brand is strong enough the make it over the barrier of 5% of the vote that entitles the party to reimbursement by the “system.” Inflating campaign expenses grows the amount that is reimbursed.
That’s how the Front National pockets several million euros at every election (see the excellent France 2 report on the subject). Concurrently, the Front National tops up revenue by ensuring its leaders are paid by Brussels (the “system”). For all this to work, winning 5% of the vote is essential. So the brand needs to be strong. Brand image is developed similarly to that of any company operating in the derided “system.” Publicity and PR stunts are crucial. The window dressing is updated and improved to attract new customers. Slow-motion pictures of Captain Le Pen are posted, at the helm of her yacht, her hair blowing in the wind. Even the Front National name is changed to Bleu Marine. A flower is chosen as the logo.
Her hair is trimmed, her teeth whitened, and her wardrobe revitalized. And, every day, carefully crafted talking points are spouted by the party’s leaders across every form of media to reach every potential customer.
Can you feel the scam coming together? Special offer—real bargain—factory price?
An action of humanization to make it acceptable? However, (by definition) the devil is the devil and when he pretends to change it’s to abuse us better.
Next, the father is ditched as too divisive, although his six million euros are still accepted for the campaign. Give her another five minutes, and she’ll be telling us she’s no longer a member of the Front National.
To complete the candidate’s makeover, a few reassuring slogans are dreamed up, such as Une France apaisée (A Soothed France). Seriously? Who are you trying to kid? It’s like Volkswagen using environmental arguments to sell its cars, which are five times more polluting than modern standards. “Soothed”? By dividing the country? By criticizing those who are different? Diversity is an opportunity, a strength. It is hope, not a scourge.
“The foreigners are to blame,” chant the FN’s leaders. It’s easy to lay the blame for everything on “others.” Personally, I would like to thank all the North Africans, Spaniards, Portuguese, Senegalese and other foreigners who defended our country, then built our roads, bridges, hospitals…
Thank you to our foreign friends for preserving our country’s liberty and beauty.
And thank you to all those countries that take in two and a half million of our French compatriots, who are able to live overseas without being pointed at and stigmatized.

Let’s not be taken in. All these easy slogans are intended solely to get our votes because the only thing that interests the Le Pen family and its gang of extremists is “dough, bills, moolah, loot, cheese, shmoney” as mentioned by Audiard.
It’s my job to fabricate dreams and bring them to people, but we’re not fooling anyone: we tell stories that may be funny or sad, and although we try to make them truthfully, with love and hard work, we never claim that they are real life. I think I can tell a good script and a good actor when I see one.
The film Ms. Le Pen has put together for us is just awful. The script doesn’t make sense and it has terrible actors playing not just the lead but also the supporting roles. At a farmers market, for example, Ms. Le Pen tries to make eye contact with the camera at just the right angle before she flashes her publicity-hungry smile. Worst of all, her gaze is miles away. She doesn’t give a hoot about the butcher’s or farmer’s problems. She isn’t listening. She’s an actress out to steal the scene, forgetting her partner. The art of acting is to infuse an imaginary situation with truth. Ms. Le Pen gets the basics all wrong—in a real situation, she delivers zero truth. Her eyes are devoid of love, compassion or emotion. Her performance is embarrassing.
The audience doesn’t interest her. She just wants to make sure she has top billing.

That’s the scam I felt I had to denounce. There is no truth in what she is doing, just the urge to pick a dying man’s pockets. We are all outraged that three million people in France are unemployed, and another nine million people live in poverty. I feel terrible for our farmers, craftsmen and workers. They are our compatriots, our brothers and sisters.
Ms. Le Pen will not save them. On the contrary, her policies will only drive these numbers, and our distress, upward. Only we can truly do something about it, because we are the French people. Dignified and united. It is our civic duty, as laid out in our constitution. Fraternity is not a slogan, it is in our DNA.
Let’s look after our country, let’s open up, let’s transcend ourselves, and let’s show the snake oil sellers that they have no place among us. Let’s show the rest of the world what it really means to be French. We are an open, courageous and fraternal people that has no need of two-bit ideology to get by. A great people grows even greater by supporting and reaching out to others.
The world is watching. History is waiting.
To the polls, citizens!

Luc Besson

 

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