Dialyse song – Chapitre 1 : Entrée en matière

juin 1, 2008

Foutu parking… encore plein… merde… je me range en double file et plus qu’à attendre qu’un gus libère une place !

Et ces VSL qui n’arrêtent pas de rentrer et sortir et qui se foutent n’importe où ! Et vas-y que je te décharge les brancards avec les p’tits vieux qui s’accrochent comme ils peuvent !

Après, ça va être la pause café-clopes, tranquilou, rien à foutre des bagnoles qui sont coincées :

– Quoi ? On gène ? Voilà, y’a pas l’feu !

J’ai bien fait d’arriver de bonne heure… bon, mais si je ne trouve pas une place dans cinq minutes, je me rapatrie sur les rues adjacentes… heureusement, il ne pleut pas, parce que la marche sous la douche, on n’est pas frais pour aller s’allonger quatre heures et demie !

Ah, en voilà un qui arrive avec ses radios sous le bras… je le suis des yeux… voiture ou à pieds ? Zut, il sort du parking pédibus…

A la radio, le Morandini déblatère sur une émission avec une audience « catastrophe » : trois millions et demi de téléspectateurs seulement… un four ! Quelle buse ! Je voudrais bien avoir autant de lecteurs, moi !

Coup de pot, une femme dégage sa bagnole… je grille de vitesse un mec qui venait juste d’arriver… Non mais, des fois, tu crois que je poirote depuis un quart d’heure pour te laisser me piquer ma place ? Tu manques pas d’air, mon pote ! Moi, je suis pas là pour m’amuser, je vais à mon club… la dialyse, ça s’appelle !

Me voilà rangé… me reste encore au moins dix minutes… pas la peine de se presser, si c’est pour poireauter dans le hall à attendre le mot d’ordre :

– Vous pouvez rentrer !

L’autre bonimenteur me fout vraiment les boules ! Je passe sur Rire et chansons… Dany Boon : « Je vais bien, tout va bien ! » Un sketch bien approprié, tiens ! C’est vrai, je ne vais pas si mal… je suis vivant !

Bon, c’est l’heure… allez, mon gars, c’est reparti pour une séance… heureusement, le vendredi, c’est la meilleure, parce qu’on a un jour de répit en plus ! Le seul inconvénient, c’est qu’on a aussi un jour de plus à manger et à boire ! Bonjour les kilos ! Pas facile à gérer… surtout si on se fait une bouffe au resto et que les enfants viennent manger dimanche ! Deux jours et demi, ça fait soif, je peux vous dire !

Je grimpe les marches, j’ouvre cette vacherie de porte (tiens, aujourd’hui c’est pas coincé !) Je rentre dans le hall… il fait une de ces chaleurs sous cette verrière ! Je lance un : « Bonjour, m’sieurs dames ! » à la cantonade… mes camarades de galère sont assis bien sagement le long des murs… je fais le compte, rapide… il en manque encore quatre, à moins qu’ils ne soient déjà rentrés sur des brancards ou des chaises ?

Certains ne sont pas très brillants et semblent à bout de force… il est temps qu’ils soient branchés ! Faut dire que la moyenne d’âge doit être supérieure à la soixantaine… c’est pas la séance des p’tits jeunes ! J’ai pas à me plaindre… à côté d’eux, je fais plutôt fringant, mais c’est juste une illusion !

J’arrive à la porte vitrée de l’accès à la salle… je jette un œil… personne… je rentre.

La foutue balance m’attend dans le couloir… évidemment, elle déconne encore ! Le cadran est vide… encore éteinte ! Elle fait ça à chaque pesée maintenant… il est temps qu’ils la changent !

J’appuie sur le bouton de mise en route… des tas de trucs défilent… abréviations, symboles… ça y est : « 00 »… je grimpe… affichage : « 79,8 »… je calcule… moins 800 grammes pour le gilet, ça fait « 79 » ! Poids sec « 77,5 », ça fait donc une prise de 1,5 kilos ! Ca va, c’est dans la norme… pas mal pour deux jours ! Quand je pense que certains se prennent 4 ou 5 kilos !

– Pourtant, je n’ai presque rien mangé ni bu !

T’as raison, mon vieux… continue comme ça… un de ces quatre, tu ne te relèveras pas de ton lit, espère !

Bien, je rajoute le repas et la restit’… pour moi, il faut compter 1,2 kilos ! Faut voir comment je nettoie le plateau ! La dialyse, moi, ça me creuse ! Quand je vois tous les autres qui chipotent…

Alors, récapitulons… 1,5 + 1,2 = 2,7 kilos de flotte à perdre en quatre heures… ça va, c’est pas trop violent…

Je retourne dans le hall… je reste debout dans le petit coin entre le mur et la porte… je ne vais pas aller m’asseoir alors que je vais être allongé quatre heures et demie ! Je profite de mes derniers instants avant le grand saut…

Je me demande sur qui je vais tomber aujourd’hui ? C’est à chaque fois la petite angoisse… la loterie… une bonne ou une apprentie ? Elles ne sont pas toutes douées pour les piquouses ! Y’en a même qui sont spécialisées dans les ratages !

Alors, quand on rentre dans la salle, on fait vite le point de celles ou ceux qui sont présents… Ah, non ! Pitié, pas celle là ! Elle m’a déjà loupé deux fois ! Ouf, elle se tire en martyriser une autre !

Un « bonjour » général et je me dirige vers mon fauteuil… il n’y en a que trois dans la salle, le reste ce sont des lits… pas pour moi, on n’y est pas à l’aise, surtout pour être assis ! Et puis, dès qu’on se couche dans ces machins, on a l’impression d’être vraiment malade !

Je respire : aujourd’hui, c’est ma « préférée » qui s’occupe de moi ! Un peu bourrue, de prime abord, l’infirmière, mais c’est elle qui pique le mieux et qui est la plus calée sur les machines… avec elle, je peux me lancer sur des expérimentations d’endroits nouveaux sur ma fistule, en confiance… avec les autres, je ne prends pas de risques, toujours à des endroits sûrs !

Après un « Bonjour ! » d’usage, je remplis mon cahier avec le poids à perdre… je suis le seul à faire ça… le patient modèle ! J’annonce la couleur : « 2,7 » kilos… elle finit de rentrer les paramètres dans la machine…

Je procède à mon petit rituel… je règle le cale pieds… je place l’oreiller sur le haut du fauteuil… je grimpe sur le bestiau, je redresse le dossier et je monte l’engin pour être à la hauteur (je ne vais pas casser le dos de ma chère infirmière !)

En piste… je suis prêt !