Dialyse song – Chapitre 3 : Branchement

juin 1, 2008

Il est vrai que la majorité de mes camarades de galère ne semblent pas être très concernés par ce qui se passe et sont, pour le moins, plutôt spectateurs qu’acteurs… la plupart tendent le bras et attendent que ça se passe.

Pas étonnant si des fois cela ne se passe pas toujours bien, justement. On a l’impression qu’ils subissent leur sort comme une obligation, sans tout comprendre… ils font confiance aux médecins et aux infirmières et ne vont pas voir plus loin.

Question de caractère, sans doute… moi, je me suis toujours intéressé, depuis le début, en 1987, date de la révélation de mon insuffisance rénale…

Comme on dit, « un patient bien informé accepte mieux la finalité des traitements. »

Une bonne moitié des « clients » du centre sont, en plus, diabétiques ; ce qui justifie bien évident leur insuffisance rénale. On peut assimiler ça à la « double peine » ! Le régime est encore plus strict que le nôtre.

Les diabétiques, on arrive vite à les repérer : difficulté à la marche qui s’explique par des atteintes diverses aux pieds et aux jambes… les amputations de doigts de pieds sont monnaie courante… celles-ci peuvent aussi en priver certains d’une partie de leurs jambes !

La perte progressive de la vue peut également survenir…

Pour garder le moral, dans ces conditions, il faut avoir du courage !

Par rapport à eux, je pourrais presque passer pour bien portant ! On se console donc en se disant qu’il y a plus affligé que soi-même !

Le centre compte quinze postes plus un de secours. La plus grande salle, en L, en contient onze. Il y a deux chambres individuelles à part, et une pièce à deux lits. Les infirmières disposent d’un comptoir avec poste informatique, ainsi qu’un local cuisine/repas.

Un médecin est présent à chaque séance et occupe un cabinet de consultation.

Des vestiaires séparés hommes/femmes sont à l’entrée de la salle. L’inconvénient est que les patients doivent cohabiter avec les infirmières qui ne disposent pas de local séparé… quand ces dames se changent, nous devons attendre la fin du strip-tease avant de pouvoir y pénétrer à notre tour !

– Bon, ça y est ? Le monsieur a fini de raconter sa vie ? On va pouvoir y aller ?

L’infirmière me rappelle à l’ordre… elle n’a pas que cela à faire… trois malades à piquer pour chacune des cinq présentes (pas d’homme aujourd’hui)

La mienne est une rapide, je vous l’ai déjà dit… elle se fait ses trois branchements « finger in the nose » pendant que les autres n’en sont encore qu’au deuxième ! En plus, avec moi, elle ne perd pas de temps puisque je remplis moi-même ma « feuille de route » avec tous les paramètres de la machine (j’y reviendrai plus loin… la madame, elle m’attend !)

C’est parti…

Une alèze en papier sous mon bras gauche… un coup de badigeon de Bétadine sur la fistule… pose du garrot au dessus du coude… et les choses sérieuses commencent !

Elle sort le premier cathé de son étui en plastique et me pique pour le retour veineux… avec elle, je me risque à inaugurer un emplacement nouveau, au-delà des points de ponction habituels, afin de faire développer la partie haute de ma fistule… c’est un peu délicat car, à cet endroit, elle est encore un peu mince. Comme ça, je peux alterner, à chaque séance, les endroits où piquer, car les cicatrices des trous sont quelquefois un peu longues à s’estomper.

Ca y est… j’ai serré les dents pendant un bref instant… le « trocart » est rentré !

Elle retire la longue aiguille et le mince embout de plastique est resté en place, prolongé par un petit « tuyau » fermé par un capuchon à son extrémité. Elle l’assure à l’aide d’un collant, puis d’un autre dont les deux pattes sont rabattues vers l’avant, afin d’immobiliser le cathé… normalement, si l’on ne gesticule pas comme un dingue, ça tient en place !

A l’artère, maintenant !

Même motif, même punition, mais plus bas cette fois-ci et à contre-courant : c’est-à-dire l’aiguille dirigée vers le poignet… le sang arrive ainsi dans le bon sens…

Là aussi, de temps en temps, on change d’endroit et l’on pique dans l’autre sens pour varier les points d’entrée…

Attention, du côté droit de la ponction, il y a un méchant nerf qui n’aime pas être titillé !

Les deux cathés sont en place… je vais pouvoir être branché !