Dialyse song – Chapitre 4 : quand faut y aller, faut y aller !

juin 1, 2008

La dialyse, quand on ne peut plus faire autrement, il faut bien s’en accommoder… c’est ça où le cercueil, non ? A partir de ce principe, on doit se raisonner… inutile de se lamenter et de se taper la tête contre les murs… quand faut y aller, faut y aller !

Le commun des mortels, celui qui n’a jamais entendu parler de ça, est, de prime abord, effrayé quand on lui raconte de quoi il s’agit.

– Branché à une machine pendant quatre heures ? Trois fois par semaine ? Moi, je ne pourrais pas… je préfèrerais mourir !

Tu parles, Charles ! Cause toujours ! L’homme s’adapte à tout… c’est l’instinct de survie.

Ce qui fait peur surtout, c’est l’inconnu, l’ignorance… chacun se fait son film… les vieilles frayeurs remontent… la crainte des piqûres… la vue du sang… le voir se balader dans des tuyaux… la sensation d’être attaché à une machine… la sentiment d’être mort vivant, en semi vie… peurs ancestrales, irrépressibles.

Tout juste si ces chochottes ne tournent pas de l’œil, tombent en pâleurs évaporées… vite, des sels… ne surtout pas leur montrer ta fistule, sinon ça empire !

Je ne me moque pas… c’est humain ! Nous, on est tellement habitué… à la limite, on en rajoute un peu… encore une couche dans l’horreur… une façon de se faire passer pour un surhomme… celui qui n’a peur de rien.

Là, bien sûr, je fais mon fier, mon costaud… façon vétéran… je l’étais moins, la toute première fois, le 3 janvier 1990 : les salauds, le lendemain du nouvel an ! Bonne année mon pote… à ta santé !

Six mois que ça a duré… pas à me plaindre… juste le temps pour me faire une idée… et hop, coup de fil surprise en plein après-midi pour l’appel à la greffe.

Mais bon, là il s’agit d’une autre histoire… Un jour, peut être, je vous raconterai… une autre vie… d’autres galères… le temps qui passe.

Revenons à notre sujet…

Notre infirmière piaffe : – Alors, on le fait ce branchement, oui ou non ? !

On en était où ? Ah oui : les deux cathés sont en place… je vais pouvoir être branché !

Il faut maintenant raccorder les lignes…

Le circuit est rempli d’une solution saline… le sang qui va sortir de l’artère va pousser cette solution qui sera envoyée dans notre veine et sera remplacée par notre sang… on sera alors en circuit fermé.

L’infirmière a posé un clamp (cela ressemble à un ciseau en plastique) sur la sortie du cathé artériel… elle peut ainsi, en toute sécurité, enlever le capuchon… puis elle raccorde la ligne à l’extrémité ainsi libérée.

Il suffit d’enlever le clamp et de mettre la pompe de la machine en marche, et le sang remplit la tubulure.

Elle injecte alors, à l’aide d’une seringue, dans une « prise » du tuyau, un anticoagulant (en l’occurrence de l’héparine), afin que le sang ne coagule pas dans le circuit. Et comme je suis, là aussi, un cas, j’ai droit, en prime, à une autre dose diluée qui sera injectée automatiquement pendant 3 heures et demie (cela s’arrêtera une demi-heure avant la fin pour ne pas contrarier la compression des points de ponction après le débranchement)

Le dialyseur est maintenant rempli de mon sang…

Il est temps de brancher l’autre ligne sur le cathé veineux… même opération que tout à l’heure.

La solution incolore se teinte bientôt en rose, de plus en plus vif, jusqu’à être remplacée par le rouge de mon sang.

Les derniers paramètres sont rentrés dans la machine… la pompe est réglée à 350… c’est parti, mon kiki !