Dialyse song – Chapitre 5 : Ma voisine

juin 1, 2008

Tiens, ma copine vient d’arriver ! Ma voisine de fauteuil, mon alter ego de dialyse…

C’est une histoire pas banale !

On s’était connu à mes débuts de dialyse, dans un autre centre… et voilà que 15 ans après, je l’ai retrouvée ici ! Elle, par contre, n’a jamais tenté la transplantation… pas osé. Ce qui fait qu’aujourd’hui, elle dialyse depuis 29 ans ! Un record ! De quoi faire la nique à tous ceux qui trouvent qu’en dehors de la transplantation, point de salut !

On s’entend bien… nous avons le même âge, beaucoup d’idées semblables… on papote, le temps passe plus vite en sa compagnie.

Elle me gâte aussi… me rapporte un petit gâteau à chaque séance… une vraie mère poule !

Comme je suis d’un naturel plutôt optimiste avec un sens de l’humour développé (les chevilles vont bien, merci !) je la fais rigoler…

On détonne un peu à côté de tous les autres bonnets de nuit… ça dort, ça ronfle, ça ne dit pas un mot… certains sont rivés à leurs écrans de télé (heureusement ils ont des écouteurs !) et se gavent de l’inspecteur Derrick, du chien Rex et autres feuilletons débiles sans cesse reprogrammés. Il y en a même qui arrivent à roupiller avec le son à fond dans les oreilles ! Béats les bienheureux qui arrivent à dormir dans cet environnement !

Ma voisine de dialyse a démarré la dialyse à l’âge de 30 ans. Mariée, 2 enfants en bas âge et un boulot. Tout ce qu’il y a de plus banal dans le monde de l’insuffisance rénale… Il a bien fallu vivre avec ça…

Son mari, lui, n’a pas supporté (comme beaucoup de conjoints !) et s’est tiré !

Elle s’est retrouvée seule pour assumer la maladie, le boulot, les enfants…

Elle ne voulait pas être greffée, redoutant que cela ne se passe pas bien avec les risques…

Les années ont passé…

Un jour, à son travail, un homme n’a pas été rebuté par sa situation ; il est tombé amoureux de ma camarade. Il a pris tout en bloc : elle, sa maladie, ses enfants…

Depuis ils sont mariés et vivent heureux.

Ma copine est maintenant grand-mère, vit normalement et vient de partir trois semaines en vacances…

Je ne veux pas dire que tout est rose… elle a eu, comme beaucoup d’entre nous, des problèmes… certains sérieux. Mais elle est toujours là !

Il n’y a pas si longtemps, quelques décennies seulement, nous serions tous morts ! Alors, malgré la dureté et les contraintes de notre traitement, réjouissons nous d’être nés à la bonne époque !

La séance a commencé…

J’appuie sur un bouton repéré par le symbole d’un cœur sous le cadran de la machine pour reprendre une nouvelle tension… elle est inférieure de deux points à la première… il n’y a rien d’étonnant, la quantité de sang présente dans le circuit ne l’est plus dans mon organisme… cela provoque une sorte de dépression.

J’inscris consciencieusement, sur la feuille du jour rangée dans mon classeur, tous les paramètres nécessaires que je relève sur les divers cadrans appropriés : l’heure, la tension, le débit de la pompe, PA et PV (pression artérielle et veineuse), l’UF horaire (ultrafiltration : poids de l’eau à perdre par heure), le poids perdu…

Cette feuille indique, en outre, les différentes mesures et réglages de ma machine, ainsi que les prescriptions, selon les jours, d’EPO (érythropoïétine) et/ou de Venofer.

Sur le fauteuil voisin, c’est au tour de ma copine d’être branchée. Bien que l’étant après moi, ce sera tout de même elle qui sortira la première, car sa séance ne dure que trois heures et demie (n’ayant pas le même gabarit, nos besoins sont différents !)

J’ai redescendu mon fauteuil au plus bas… c’est beaucoup plus commode pour prendre le repas qui va suivre… mais cela a aussi un impact non négligeable sur les pressions (PA et PV) qui baissent en même temps que la descente du fauteuil… un phénomène de vases communicants, sans doute ? Il en résulte donc un confort à tous les niveaux !

Mes autres « collègues » sont, pour certains, déjà branchés, en cours de l’être ou en attente d’être pris en main… il n’y a pas vraiment de règles, la répartition des prises en charge doit être faite par nos soignants avant notre entrée en salle.

Les gestes sont bien rodés, répétitifs et assez mécaniques. J’imagine que ce doit être la routine, comme dans pas mal d’autres métiers…

Il y a toutefois des surprises… on n’est pas à l’abri d’un problème… chaque séance apporte ses nouveautés… aucune n’est semblable.

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