Dialyse song – Chapitre 6 : Le décor est planté

juin 1, 2008

Mon fauteuil est coincé entre le mur et un gros élément rangements/lavabos. Comme je ne suis pas particulièrement petit, j’ai tiré le cale-pieds presque à fond, ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour le passage entre mon fauteuil et le meuble…

Ma copine est à ma droite… heureusement, car à gauche, j’ai mon champ de vision accaparé par ma machine qui est tournée vers moi !

Toujours à gauche, en parallèle, une rangée de baies vitrées en façade, et cinq lits/machines. A l’opposé, trois postes dont un fauteuil… à droite de ma voisine, un dernier lit… en tout, onze gisants dans cette pièce principale.

En face du dernier lit, dans notre rangée, le poste de secours…

Six postes de télévision sont suspendus au plafond et répartis en gros de manière à être captés par deux personnes pour chacun…

Moi, cela ne m’intéresse pas, et, de toute manière, celui qui serait susceptible de me concerner est totalement déréglé : la couleur est uniformément rose et la réception d’antenne à moitié brouillée, à force d’être allumé toutes les journées ! Cela n’a l’air de gêner personne… et puis… vu les programmes de l’après-midi ! Bof, je préfère bavarder avec ma camarade, lire un bouquin ou faire des mots fléchés…

Le décor est planté… la vue n’est pas terrible ! On serait mieux devant un paysage de montagne ou de bord de mer paradisiaque !

Je ne vous ai pas parlé de l’ambiance sonore… pas toujours des plus calmes !

Entre le ronronnement des machines, les alarmes, les exclamations et apostrophes de nos soignantes, les ronflements des dormeurs, les toux de certains catarrheux… difficile, pour moi en tous cas, de piquer un roupillon !

Je me lance, avec ma voisine, sur les commentaires de nos activités de ces deux derniers jours… nos sorties, les films que nous avons vus (on s’échange nos DVD !), les nouveautés de nos enfants et surtout petits-enfants, les activités professionnelles de nos conjoints (nous sommes tous les deux retraités) On parle du temps, des prévisions pour le week-end… bref, de vraies pipelettes !

Mais voilà notre petite serveuse qui arrive, porteuse d’un plateau repas… pour moi, qui n’ai pas perdu l’appétit, le moment est important !

Nous avons deux femmes de service qui se relaient et qui sont, chacune dans leur genre, adorables, attentives et efficaces. Elles font un métier un peu ingrat et peu rémunéré mais elles le font avec une grande conscience et un dévouement remarquables.

J’ai beaucoup de reconnaissance et d’admiration pour toutes les « petites mains » et aides-soignantes que j’ai fréquentées au cours de mon long parcours hospitalier… elles sont souvent plus proches de nous et amicales que les soignantes qui se réfugient, sans doute pour rester plus détachées de la dureté de ce qu’elles vivent, dans un mécanisme de pure technicité quelquefois impersonnel. Mais, il y en a quand même qui se montrent un peu moins « froides » que d’autres… cela dépend des tempéraments !

Notre « petite fée » du jour est la plus jeune… nouvellement embauchée, elle a su très vite se mettre à la page de ses activités… elle est très sympathique et plaisante volontiers avec nous.

Mon tour est arrivé ! J’ai mis en place ma tablette à roulettes et relevé le dossier de mon fauteuil. J’accroche à mon cou une serviette en papier pour limiter les dégâts (bonjour les taches, comme tous les bonhommes !) Je saisis le verre en plastique rempli d’une eau salvatrice (la soif, il y a de quoi en faire un chapitre entier !), car les manipulations à venir risquent de renverser une partie de ce précieux liquide !

En effet, notre petite serveuse a la délicate mission de préparer tout ce qu’il nous est difficile de faire d’une seule main : couper notre viande et notre pain, ouvrir les divers emballages des fromages, yaourts, compotes, etc… le plus délicat est l’extraction des petits-suisses (avis aux inventeurs, trouvez nous un truc dans le genre du petit filet rouge des Vache qui rit !)

Le plateau est divisé en deux parties : d’un côté, le plat chaud, et de l’autre tout le reste qui est froid… Pour ma part, je commence toujours par le plat principal afin d’en profiter avant qu’il ne refroidisse !

Miam… miam…

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