Dialyse song – Chapitre 9 : Promiscuité… équipe médicale…

juin 1, 2008

Les problèmes inhérents à cette promiscuité ne sont, hélas, pas rares.

Nous formons une mini communauté condamnée à une cohabitation forcée, malades et soignants, chacun avec son vécu, ses besoins, ses soucis, son caractère. Ces différents éléments ne sont pas forcément compatibles.

Les sources de discorde peuvent être multiples, les relations humaines, comme dans n’importe quel groupe, ne sont pas toujours aisées.

Nos infirmières ne sont pas exemptes de ces moments d’énervements, soit entre elles (bonjour les dégâts de susceptibilités exacerbées !), soit à l’encontre de certains patients un tantinet « emmerdants » ou un peu « longs à la détente ». Réactions somme toute bien humaines dans ce monde en vase clos !

Certains malades ne sont pas non plus tous des cadeaux ! Déjà, vis à vis d’eux-mêmes quand ils font des entorses sévères à leur régime, sans se préoccuper des conséquences. Le record en la matière a tout de même été d’une prise de six kilos en deux jours !

Ils ne se conduisent également pas toujours de la meilleure façon avec les infirmières… j’ai connu, surtout à mes débuts, des « cas » particulièrement gratinés. Ils reprochaient à la terre entière le malheur qui les avait atteints ; ils projetaient leurs frustrations et leurs reproches sur leurs soignants.

J’ai encore en mémoire ce client sérieux qui passait son temps à invectiver les unes et les autres qui ne savaient pas comment gérer cet énergumène. Comme c’était mon voisin de fauteuil, et qu’il commençait sérieusement à me chauffer les oreilles, je me suis levé, et la longueur de mes lignes me le permettant, je l’ai saisi au collet en le menaçant de « lui en coller une » s’il ne mettait pas fin à son comportement ! L’avertissement a dû être suffisamment explicite pour que le trublion s’écrase définitivement !

Bon, il s’agit tout de même d’un cas limite… nos infirmières actuelles ne sont pas celles que j’ai connues auparavant et ne se laisseraient plus faire de la même manière !

Notre centre tourne à plein régime : trois séances par jour les lundi, mercredi et vendredi (je suis de ce groupe, l’après-midi) et deux séances les mardi, jeudi et samedi (pas de dialyse le soir pour ces jours là)

Les plannings de travail ne doivent pas être faciles à mettre au point pour jongler avec les disponibilités des membres de l’équipe, le respect des heures à accomplir et l’équilibre des amplitudes de travail. Certaines sont ainsi du matin et peuvent ou non enchaîner avec l’après-midi… d’autres sont de l’après-midi et/ou du soir. Il faut aussi jongler avec les congés, les jours de repos, les maladies… pas de la tarte !

Ce délicat travail, entre autre, est dévolu à une cadre infirmière qui ne manque pas de poigne, de caractère… et de voix ! Elle mène son petit monde avec compétence et assurance… Curieusement, pour quelqu’un d’aussi énergique, elle s’adonne, pendant ses loisirs, à un passe-temps bien surprenant, compte tenu de son caractère : la broderie ! Ouvrages, en général, de format très réduits, nécessitant un œil, une maîtrise et une patience insoupçonnée.

Enfin, pour compléter cette petite équipe, nous avons un médecin omniprésent… ou plus exactement deux : un homme qui est quasi permanent et une femme à certains jours (en particulier les vendredi, en ce qui nous concerne)

Ils sont d’origine étrangère, comme une majorité de néphrologues hospitaliers ou de centres de dialyse : on se demande d’ailleurs comment nous ferions sans le concours de cet apport extérieur !

Ils sont très compétents et particulièrement à l’écoute de leurs malades. Le fait d’être suivi par plusieurs médecins peut être considéré comme un avantage, car bien qu’ils se consultent étroitement entre eux sur le choix de nos traitements, nous pouvons avoir des renseignements et avis complémentaires différents.

Notre toubib homme est également imbattable sur le fonctionnement des machines et il lui arrive, presque à chaque séance, de piquer lui-même certains patients, ce qui allège d’autant le travail des infirmières.

Il passe nous voir, un par un, pendant la dialyse, afin de contrôler nos prises de poids, nos tensions et nous commenter nos résultats d’analyses de la quinzaine. Il renouvelle, à la demande, nos ordonnances de médicaments.

De ce côté-là, nous sommes extrêmement bien suivis et nous nous sentons en sécurité !

Les rapports avec les médecins sont très étroits et dépendants dès lors que nous subissons un traitement de longue durée. Nous les côtoyons trois fois par semaine et des liens de confiance et d’habitudes se créent fatalement. Ils font office, pour certains patients fragiles, de quasi confesseurs.

Leur rôle déborde largement des limites de leur mission.