Dialyse song – Chapitre 15 : Ca coule ! ! Ca coule ! !

juin 1, 2008

Le débranchement… j’y reviendrai quand ce sera mon tour… mais d’abord, une petite réflexion à propos des petites dames qui sont en train de l’être.

Deux au moins d’entre elles sont relativement âgées, certainement aux alentours de 80 ans…elles ne sont pas très vaillantes et n’ont pas toujours les réflexes bien aiguisés.

Le gag… si l’on peut dire… c’est qu’une fois sur deux à peu près, lorsqu’elles compriment leurs points de ponction l’un après l’autre à l’aide d’une compresse… est-ce l’inattention, le fait de bouger le pouce ou le doigt, une crampe de la main due à la fatigue, ou bien tout simplement la curiosité d’aller voir, avant l’heure, si cela a bien coagulé ? Résultat, le sang pisse !

Lorsqu’elles s’en aperçoivent (ce qui n’est pas toujours à la seconde), elles ne peuvent que s’écrier, éperdues : « Ca coule ! ! ! Ca coule ! ! !» Tétanisées par la vue de ce flot qui rougit alèze, drap, vêtements et qui peut aller jusqu’à former une flaque sur le sol, elles ne pensent même pas à contenir le flux en appuyant sur la compresse, malgré les exhortations des infirmières : « Appuyez ! Mais appuyez donc ! » Le temps qu’une d’entre elles enfile de nouveaux gants et aille contenir les dégâts, bonjour la boucherie !

La solution serait bien de leur mettre les pinces spéciales destinées à remplacer la compression de leurs doigts… mais nos soignants répugnent, en général, à cette mesure, sauf cas d’exception, car ce système n’est pas très bon pour les fistules. Alors… ce n’est pas près de s’arrêter de saigner !

Franchement, notre sang n’est déjà pas très vigoureux, alors ce n’est vraiment pas le moment de le gâcher !

Quelquefois, cela peut saigner un peu plus tard, alors qu’elles se dirigent vers la balance ou le vestiaire, ou qu’elles attendent leur VSL, dans le hall. Même motif, même punition… elles ne tarissent pas plus l’épanchement en appuyant dessus, et on peut les suivre à la trace jusqu’à ce qu’une infirmière intervienne ! De vraies natures, les p’tites mémés !

N’empêche, on rigole moins en ce disant que si cela leur arrive chez elles, toutes seules, ça peut tourner au tragique.

Finalement, pour être dialysé, il faut mieux être en forme et en possession de tous ses moyens !

Aux trois heures succèdent bientôt les trois heures et demie… encore un petit effort et ce sera à moi. Déjà le signal de fin de mon héparine en continu retentit… deux manips sur l’écran et ça s’arrête… le voyant vert sur la pompe à injection s’éteint. Il reste trente minutes… ça va passer vite, surtout dans cette agitation.

Les clients sortent chacun leur tour… les plus vacillants se font accompagner… pour tout le monde, un seul but : rejoindre la balance pour vérifier qu’ils ont bien perdu le poids prévu, bien que la machine l’ait affiché… il peut y avoir des écarts, pas toujours explicables d’ailleurs… les mystères de la dialyse… ça, j’en sais quelque chose !

La salle commence à se vider peu à peu… chaque lit libéré est aussitôt investi par notre petite femme de service qui procède au nettoyage et remet de nouveaux draps et tête d’oreiller. Prêt pour le troisième tour, celui du soir.

J’ai expérimenté, une fois, cette séance nocturne lors d’un aménagement d’horaire exceptionnel… cela ne m’a pas convaincu… j’ai trouvé le temps plus long que l’après-midi.

Le matin également, pas terrible… il faut se lever aux aurores pour être là entre six heures et demie et sept heures… bien trop tôt pour moi !

Voilà comment l’on devient casanier… on a ses petites habitudes… faut pas les contrarier !

Bon… c’est l’heure… plus que trois minutes… il est temps de remonter le fauteuil et de redresser le dossier.

Publicités