Dialyse song – Chapitre 14 : Trucs pas vraiment rigolos…

juin 1, 2008

Premiers débranchements donc… il me reste encore une heure… sans doute la plus longue.

Le plus pénible, en ce qui me concerne, c’est de rester à moitié allongé, sans pratiquement bouger. Le bras gauche, celui de la fistule, doit rester le plus possible droit… ne pas le plier, ou le moins possible… si l’un des tuyaux se coude, bonjour le rappel à l’ordre de la bécane !

Il y a des moments où on la prend salement en grippe cette saloperie de machine… on est accroché à elle, elle nous analyse, nous surveille. Bien obligé de céder à ses caprices, ses lubies, ses dérèglements. Etrange duo que l’on n’a pas choisi et qu’il faut bien subir. Relation d’amour/haine comme dans un couple d’humains : amour parce qu’elle nous sauve, et haine parce que l’on dépend d’elle ! Rapports bien complexes qui se prêtent à bien des analyses psychologiques (je ne m’y aventurerai pas !)

L’inconfort de la position, de l’immobilité et des chutes de tension se traduisent, dans mon cas, par des douleurs cervicales en fin de séance. C’est généralement comme ça que je subodore une baisse tensionnelle. Je n’ai plus besoin de la contrôler dans ces moments-là pour être certain du résultat : c’est un peu comme les rhumatismes indicateurs de changement de temps.

Je traîne aussi, suite à mes 14,5 ans de transplantation et de médicaments agressifs, quelques séquelles peu agréables : des calcifications, en particulier au niveau des épaules, qui me procurent parfois des douleurs lancinantes.

J’ai souvent des coups de pompe et ne suis plus très apte aux efforts.

Des problèmes digestifs, suite à l’ingestion de ces tonnes de médicaments au long de ces vingt dernières années.

Une double cataracte naissante, pour le même motif : merci les corticoïdes !

Le seul point positif (si on veut !) du retour à la dialyse, c’est d’avoir retrouvé ma taille de jeune homme ! Je devais être certainement pas mal gonflé d’eau puisqu’il m’a fallu, petit à petit, baisser mon poids sec jusqu’à perdre une douzaine de kilos avant d’être stabilisé !

Cela a été, en particulier, absolument nécessaire à une période où j’étais au bord de faire un O.A.P (œdème aigu du poumon) dû à une surcharge hydrique (hypervolémie), autrement dit, de l’eau dans les poumons ! Je vous prie de croire que cela fait drôle d’éprouver des difficultés à respirer en pleine nuit : on a l’impression de ne plus avoir que des échantillons de poumons… on respire à petits coups, à l’économie ! Dans ces cas là, il est urgent d’être dialysé !

On repère également le surplus d’eau par la présence d’œdèmes aux jambes. Notre médecin se fait alors un malin plaisir à nous le démontrer en enfonçant ses pouces dans le bas de nos jambes, ce qui laisse des marques de dépression !

Ca y est, je retombe encore dans les descriptions dramatiques, le musée des horreurs ! Âmes sensibles s’abstenir ! Mais non, tout ça, c’est la routine, les aléas de notre vie… puisque : -« Je vais bien, tout va bien ! »

Il ne faut pas s’effrayer, ça pourrait être pire !

Bon, j’ai fait le tour des malheurs… ces derniers chapitres sont loin d’être désopilants… haut les cœurs, il serait temps que je vous trouve quelque chose de moins triste pour vous faire passer la pilule !

Ca va être dur avec ce qui suit, c’est encore très technique…


Dialyse song – Chapitre 13 : Des mesures d’hygiène…

juin 1, 2008

Sans doute est-il temps de vous dire deux mots des précautions prises pour l’hygiène, vitales lors des séances de dialyse.

Dans mon centre, je dois dire que nous sommes particulièrement gâtés, à ce niveau. Cela est indubitablement dû à l’extrême rigueur de notre surveillante générale, gardienne de la loi en la matière, qui a su mettre en place des règles strictes de pratique. Gare à celui ou celle qui se trouve pris en faute par une omission de l’application des gestes à observer !

Les services d’hémodialyse sont soumis à des impératifs de qualité et de sécurité, tant pour les installations que pour les soins, avec un cahier des charges détaillé et rigoureux.

Tout est réglementé : le nombre de postes, leur implantation dans les locaux, la disposition de ces locaux, leur équipement, le personnel affecté aux malades, la présence d’un médecin si le centre le justifie, la méthodologie des opérations à effectuer et les règles à appliquer lors des différentes phases d’une séance.

Je pense qu’au niveau de la séparation entre chaque patient/machine nous devons être dans les normes, juste pour rentabiliser tout de même l’occupation des locaux.

Des sacs poubelles fixés sur des châssis roulants sont différenciés selon leur contenu : jaune pour tous les déchets ayant été en contact avec du sang (lignes, rein, compresses), et noirs pour les déchets classiques (casaques, gants, draps, cartouches de bicar…) Des réceptacles en plastique reçoivent les seringues et aiguilles : ceux-ci, ainsi que les poubelles jaunes sont destinés à être incinérés.

Au moment des branchements et débranchements, les soignants revêtent une casaque en papier (surtout pour se protéger en cas de projections sanguines), un masque, parfois une toque pour cacher les cheveux (surtout pour les manipulations des branchements sur cathéter), et obligatoirement, des gants (il ne faut pas être allergique au latex !)

Au niveau des gants, il en est fait une utilisation impressionnante : une paire au branchement, une au débranchement, une après compression des points de ponction pour la pose des pansements, et une systématiquement à chaque intervention sur un patient durant les incidents de séance.

Le passage d’un patient à un autre n’est réalisé qu’après un lavage des mains et un changement de gants : ce rituel totalement automatique est assez impressionnant à observer lors de notre première dialyse. Ces mesures d’hygiène nous rassurent grandement sur les précautions apportées à la non transmission d’affections entre patients, en particulier les hépatites.

Et, bien entendu, après chaque séance, les machines sont stérilisées, rincées, avant le montage des nouvelles lignes pour la séance suivante.

Le circuit d’eau, installé spécifiquement aux besoins de la dialyse, est particulièrement et régulièrement contrôlé.

Le sol, les lits et fauteuils, oreillers, tablettes, machines, sont nettoyés entre chaque séance.

Toutes ces mesures observées dans mon centre correspondent aux normes édictées en la matière ; nous sommes donc assez chanceux car cela n’est peut être pas le cas partout !

C’est à chacun d’être vigilant sur l’application de ces règles et de les exiger, le cas échéant !


Dialyse song – Chapitre 12 : réflexions introspectives…

juin 1, 2008

Il y en a, sans doute, qui doivent se demander où je les emmène… si, à ce rythme, j’en ai encore sous le pied… comment je vais m’y prendre pour faire encore durer le plaisir ?

A vrai dire, je n’en sais rien moi-même… je n’ai pas de plan précis… je n’ai pas pris de notes… c’est de l’écriture instinctive (non, je ne m’aide d’aucune substances illicites !)

Je me laisse aller, au fil de mes souvenirs. Bien sûr, la trame du récit c’est une séance type de dialyse, dans l’ordre chronologique, mais je m’autorise des digressions, des retours en arrière, des compléments d’informations. Il y a tellement de choses à dire, d’anecdotes désopilantes ou tragiques.

Si j’ai la curiosité de me relire, plusieurs jours après, je suis tenté de me corriger : ici une répétition, là un oubli, un manque de précision, une virgule à rajouter, aérer le texte. Je ne prends pas mon temps, j’écris dans l’urgence… je vide mon sac… il sera toujours temps de peaufiner à la fin, faire des reprises, mettre des rustines, surveiller mon style.

Qui sait ce que deviendra cette confession ? Restera-t-elle confidentielle, pour les seuls internautes venant se balader sur le forum, ou sera-t-elle un jour publiée, agrémentée de quelques dessins bien ironiques comme j’en ai le secret ? Pour l’instant, je ne me pose pas trop de questions, je me laisse aller… d’abord écrire pour mon contentement, égoïstement… et tant mieux si cela fait plaisir à certains de mes lecteurs.

Le but ultime est certainement d’être lu par le plus grand nombre afin d’expliquer, dédramatiser, de parler vrai, dans un langage simple, parfois trivial, accessible et, pourquoi pas, avec une forme d’humour qui arrache un sourire, même forcé !

Je n’ai rien à vendre, rien à prouver… c’est un témoignage comme un autre que je voudrais juste rendre plus vivant… des tranches de vie d’un hémodialysé peut-être un peu plus attentif et concerné par ses traitements que beaucoup d’autres, capable de partager son vécu.

Chacun devrait, je l’espère, y trouver ce qu’il vient y chercher : les dialysés eux-mêmes, mes frères et sœurs de galère, pour la reconnaissance des événements qu’ils vivent au quotidien – Oui, c’est vraiment comme ça que cela se passe… on s’y croirait !

Ensuite, ceux qui sont en instance d’y passer, à plus ou moins longue échéance : – C’est donc ainsi que cela se passe ? Bon, cela n’a pas l’air si terrible !

Il y aura aussi sûrement ceux qu’aucun témoignage ne réussira à dissiper les craintes et les angoisses… la description quasi clinique des détails des opérations accentuera même éventuellement leurs phobies. Je n’y peux rien… je raconte ce qui est, sans enjoliver mais sans désir de faire peur… nous sommes des milliers à vivre cette situation… chacun réagit à sa manière… il n’y a pas de recette, de vérité absolue.

Enfin, si des lecteurs, étrangers à notre maladie, peuvent s’instruirent à la lecture de ce récit, je pense qu’ils ne regretteront pas d’avoir appris quelque chose. Tant que l’on n’a pas été confronté directement à ces problèmes, on a du mal à les imaginer.

Eh bien… c’est la journée déboutonnage aujourd’hui ! Petites confidences entre amis… justifications philosophico littéraires… l’envie de faire un break… m’interroger sur la finalité de mon bavardage… répondre dès maintenant aux interrogations et conseils de certains.

C’est l’épisode « réfléchi »… peut être celui qui justifie tous les autres ? Le quart d’heure introspectif : -« Qui suis-je… où vais-je ? Dans quel état j’erre ? » Désolé, c’est plus fort que moi… pas moyen d’être sérieux plus de dix minutes… rigolons en attendant la mort !

Allez, promis, je reviens dans le droit chemin… je redescends sur terre dans le prochain épisode, avant que de vous faire perdre le fil…


Dialyse song – Chapitre 11 : Régime… hémodialyse… temps de séance…

juin 1, 2008

Côté régime, donc… on ne va pas faire compliqué… faites la liste de tout ce que vous aimiez le mieux avant… à coup sûr, c’est tout ce qui vous est interdit aujourd’hui ! Vous voyez, on ne peut pas faire plus simple !

En fait, je n’exagère qu’à peine… on aurait plus vite fait de recenser seulement les aliments autorisés

Je ne vais pas m’amuser à vous détailler tous ces interdits : ils sont suffisamment connus ou, sinon, facilement accessibles sur la plupart des sites Internet traitant de l’insuffisance rénale.

En résumé, comme je l’ai déjà abordé, la boisson, le potassium, le phosphore…

Maintenant, je tiens à apporter un bémol aux puristes diététiciens et autres gourous de la nourriture : chaque patient arrive à connaître ses limites et les effets de ces substances « prohibées » sont différents selon les individus. Les témoignages sont nombreux pour illustrer cette observation.

Le meilleur conseil, en l’occurrence, c’est d’user sans abuser !

Je reviens maintenant sur une petite rectification de vocabulaire, avant que certains ne me fustigent d’anathèmes véhéments ! J’utilise, depuis le début de mon récit, le terme inapproprié et générique de « dialyse ». J’aurais dû, dans le cas de ma propre expérience, employer celui « d’hémodialyse » : hémo, tiré du grec haima, haimatos, « sang ».

Il existe, en effet une autre forme de dialyse : la dialyse péritonéale, qui consiste à injecter le dialysat dans l’abdomen, le péritoine jouant alors le rôle de la membrane d’un dialyseur. Là aussi, pour les détails, se reporter à la documentation appropriée.

Personnellement, je n’ai jamais souhaité expérimenter cette technique ; non pas que je sois contre intrinsèquement, non, juste une affaire de goût personnel ! Je ne me voyais pas avec le ventre constamment ballonné à longueur de journée ou de nuit. Et puis, les contraintes de précautions d’hygiène sont assez rudes ainsi que les risques d’infections.

Mais bon, certains s’en accommodent fort bien et ne jurent que par cette méthode. Elle est bien recommandée pour les jeunes en attente de greffe et les personnes âgées dont le système vasculaire ne se prête pas à l’hémodialyse.

CQFD, au niveau de la sémantique.

Revenons à notre salle où la séance arrive à sa fin pour les premiers : ceux qui ne font que trois heures. Eh oui, c’est la dialyse à la carte : trois, trois et demie et quatre heures, selon les individus. Le plus petit gabarit est une petite dame qui fait à peine ses quarante kilos toute habillée… trois heures suffisent donc pour l’épurer !

Pour ma part, je pense que mes quatre heures sont un minimum ! Je ne suis pas de ceux qui trouvent que c’est bien trop long et qui se plaignent à longueur de séance qu’ils en ont marre, qu’ils voudraient que cela soit fini !

Le dicton : « Plus c’est long, plus c’est bon ! » s’applique en plein à la durée de la dialyse.

Cela s’explique aisément : plus le sang passera dans le dialyseur et plus on se débarrassera de toutes les « saloperies » qui le polluent ! Et puis, les kilos à perdre sont mieux étalés sur quatre heures que sur trois… le cœur en souffre moins.

La dialyse est donc, dans ce cas, une école de patience… à partir du moment où les séances se déroulent normalement, sans malaise particulier, il n’y a pas de raison d’être trop pressé. Et puis, ces jours là, à vrai dire, on n’a pas grand-chose d’autre à faire.

Les infirmières dévolues à ces premiers débranchements, s’activent… le calme relatif de notre petite communauté est définitivement rompu, jusqu’à la fin…


Dialyse song – Chapitre 10 : Incidents et contrôles…

juin 1, 2008

Il ne faut pas passer sous silence les divers incidents pendant les séances. Ils sont multiples et variés, de gravités diverses mais entraînent, à chaque fois, une certaine effervescence dans la salle… branle-bas de combat sur le pont !

La plupart sont repérés par des alarmes machine… j’ai évoqué les principaux précédemment.

Les chutes de tension, lorsqu’elles sont sévères, peuvent entraîner une perte de connaissance. Dans ces cas de figure, l’alerte est donnée et il est fait appel aux renforts. Il n’est pas rare que le patient inconscient se voie d’un coup entouré de trois ou quatre infirmières et du médecin qui se démènent à son chevet. On lui relève le bas du lit pour mettre ses jambes en position haute… on arrête les UF… on peut même lui injecter une dose de sodium… à coup sûr, on l’interpelle : « Réveillez-vous ! Ouvrez les yeux ! »… on le taloche !

Le retour à la conscience du patient ramène le calme… la situation de crise est passée !

D’autres fois, les malaises sont moins graves mais tout aussi désagréables pour ceux qui les subissent : des vomissements ou des crampes, réactions assez courantes pour certains. Les crampes arrivent généralement vers la fin de séance et sont particulièrement douloureuses : quelquefois elles déclenchent même des hurlements de souffrance… il n’est pas toujours évident de les faire passer.

Ces épisodes mettent beaucoup d’animation dans le train-train de notre quotidien… quelques minutes d’agitation et tout retombe dans le calme… c’est passé pour cette fois… à qui le tour ?

En dehors de ces incidents, le rythme est entrecoupé, en général toutes les heures, d’un « tour de tension » Une infirmière passe pour contrôler la tension de chacun et relever les paramètres à inscrire sur les feuilles de jour. Pour ma part, je gère seul ces différents relevés… ça m’occupe et j’ai l’impression d’être, en partie, maître de mon sort.

J’ai constaté, en particulier, une certaine évolution de ma tension au cours d’une séance. Baisse juste après le branchement, pour les raisons évoquées supra, puis, nouvelle baisse, parfois conséquente, juste après le repas. Il m’a été expliqué que ce phénomène résultait d’un afflux sanguin nécessaire à la digestion, ce qui se répercutait sur l’ensemble de mon organisme. Et enfin, généralement, légère remontée au contrôle suivant et maintien jusqu’à la fin.

Normalement, après la restitution, la tension doit retrouver une quasi normalité… mais, là encore, rien n’est assuré. Certains doivent attendre un peu avant que de poser le pied à terre… les réactions sont différentes selon les individus ou les jours.

La dialyse, ce n’est pas si simple ! Le corps réagit nécessairement à cette relation patient/machine qui n’est absolument pas normale. La technique ne remplacera jamais les phénomènes naturels de notre corps… le recours à ce substitut de rein reste bien empirique. Mais enfin, au moins, cela nous maintient en vie !

Les examens sanguins que nous subissons chaque quinzaine (ces lundis sont redoutables sur la sanction de nos « excès » !) sont commentés les mercredis suivants. Nous avons alors l’impression de passer devant le jugement divin de notre médecin : vais-je avoir la mention passable ou encourir des reproches ?

Les résultats les plus importants concernent essentiellement le potassium et le phosphore ! Un petit écart et la sanction ne se fait pas attendre ! Ca monte, ça descend… les variations sont diverses… tout dépend des frasques du week-end.

J’ai eu à tester, pour la première fois, il y a quelques mois, les effets de ces excès.

Je suis arrivé, un lundi, avec des jambes littéralement tétanisées et pas au mieux de ma forme. C’était justement le jour d’un contrôle. Deux heures plus tard, à l’énoncé du résultat de mon taux de potassium, assez faramineux, j’ai vite compris les raisons de mon état !

En y repensant alors, je me suis souvenu que la descente que j’avais faite le dimanche sur les fruits secs de l’apéritif y avait été largement pour quelque chose !

Cela m’a depuis servi de leçon… j’ai également rajouté les prises obligatoires de kayéxalate (Polystyrène sulfonate de sodium, utilisé pour traiter l’hyperkaliémie) chaque week-end.

Ah, ce régime ! Eh bien, on en parlera la prochaine fois !


Dialyse song – Chapitre 9 : Promiscuité… équipe médicale…

juin 1, 2008

Les problèmes inhérents à cette promiscuité ne sont, hélas, pas rares.

Nous formons une mini communauté condamnée à une cohabitation forcée, malades et soignants, chacun avec son vécu, ses besoins, ses soucis, son caractère. Ces différents éléments ne sont pas forcément compatibles.

Les sources de discorde peuvent être multiples, les relations humaines, comme dans n’importe quel groupe, ne sont pas toujours aisées.

Nos infirmières ne sont pas exemptes de ces moments d’énervements, soit entre elles (bonjour les dégâts de susceptibilités exacerbées !), soit à l’encontre de certains patients un tantinet « emmerdants » ou un peu « longs à la détente ». Réactions somme toute bien humaines dans ce monde en vase clos !

Certains malades ne sont pas non plus tous des cadeaux ! Déjà, vis à vis d’eux-mêmes quand ils font des entorses sévères à leur régime, sans se préoccuper des conséquences. Le record en la matière a tout de même été d’une prise de six kilos en deux jours !

Ils ne se conduisent également pas toujours de la meilleure façon avec les infirmières… j’ai connu, surtout à mes débuts, des « cas » particulièrement gratinés. Ils reprochaient à la terre entière le malheur qui les avait atteints ; ils projetaient leurs frustrations et leurs reproches sur leurs soignants.

J’ai encore en mémoire ce client sérieux qui passait son temps à invectiver les unes et les autres qui ne savaient pas comment gérer cet énergumène. Comme c’était mon voisin de fauteuil, et qu’il commençait sérieusement à me chauffer les oreilles, je me suis levé, et la longueur de mes lignes me le permettant, je l’ai saisi au collet en le menaçant de « lui en coller une » s’il ne mettait pas fin à son comportement ! L’avertissement a dû être suffisamment explicite pour que le trublion s’écrase définitivement !

Bon, il s’agit tout de même d’un cas limite… nos infirmières actuelles ne sont pas celles que j’ai connues auparavant et ne se laisseraient plus faire de la même manière !

Notre centre tourne à plein régime : trois séances par jour les lundi, mercredi et vendredi (je suis de ce groupe, l’après-midi) et deux séances les mardi, jeudi et samedi (pas de dialyse le soir pour ces jours là)

Les plannings de travail ne doivent pas être faciles à mettre au point pour jongler avec les disponibilités des membres de l’équipe, le respect des heures à accomplir et l’équilibre des amplitudes de travail. Certaines sont ainsi du matin et peuvent ou non enchaîner avec l’après-midi… d’autres sont de l’après-midi et/ou du soir. Il faut aussi jongler avec les congés, les jours de repos, les maladies… pas de la tarte !

Ce délicat travail, entre autre, est dévolu à une cadre infirmière qui ne manque pas de poigne, de caractère… et de voix ! Elle mène son petit monde avec compétence et assurance… Curieusement, pour quelqu’un d’aussi énergique, elle s’adonne, pendant ses loisirs, à un passe-temps bien surprenant, compte tenu de son caractère : la broderie ! Ouvrages, en général, de format très réduits, nécessitant un œil, une maîtrise et une patience insoupçonnée.

Enfin, pour compléter cette petite équipe, nous avons un médecin omniprésent… ou plus exactement deux : un homme qui est quasi permanent et une femme à certains jours (en particulier les vendredi, en ce qui nous concerne)

Ils sont d’origine étrangère, comme une majorité de néphrologues hospitaliers ou de centres de dialyse : on se demande d’ailleurs comment nous ferions sans le concours de cet apport extérieur !

Ils sont très compétents et particulièrement à l’écoute de leurs malades. Le fait d’être suivi par plusieurs médecins peut être considéré comme un avantage, car bien qu’ils se consultent étroitement entre eux sur le choix de nos traitements, nous pouvons avoir des renseignements et avis complémentaires différents.

Notre toubib homme est également imbattable sur le fonctionnement des machines et il lui arrive, presque à chaque séance, de piquer lui-même certains patients, ce qui allège d’autant le travail des infirmières.

Il passe nous voir, un par un, pendant la dialyse, afin de contrôler nos prises de poids, nos tensions et nous commenter nos résultats d’analyses de la quinzaine. Il renouvelle, à la demande, nos ordonnances de médicaments.

De ce côté-là, nous sommes extrêmement bien suivis et nous nous sentons en sécurité !

Les rapports avec les médecins sont très étroits et dépendants dès lors que nous subissons un traitement de longue durée. Nous les côtoyons trois fois par semaine et des liens de confiance et d’habitudes se créent fatalement. Ils font office, pour certains patients fragiles, de quasi confesseurs.

Leur rôle déborde largement des limites de leur mission.


Dialyse song – Chapitre 8 : Distractions… alarmes… chaud et froid…

juin 1, 2008

Mine de rien, entre le branchement, le repas, puis le café-douceur, entre une heure et demie à deux heures, selon les jours, se sont passées.

Ces événements de début de dialyse permettent au temps de filer relativement vite. Le plus long, ce sont les deux heures qui restent.

Il y a diverses manières de les occuper… on peut continuer à discuter encore si les sujets s’enchaînent de façon variée… si l’un de nous deux a un coup de barre, il peut nous arriver de somnoler gentiment, mais, en ce qui me concerne, sans vraiment dormir.

J’ai aussi le choix entre la lecture et des mots fléchés.

Pour les bouquins, si vous en avez déjà fait l’expérience, il n’est pas très aisé de n’avoir qu’une seule main de libre : il faut quasiment poser le livre à chaque fois que l’on veut tourner une page… si celui-ci est du genre costaud, on a du mal à le soulever… de préférence, choisir plutôt le format de poche ! Et quelle position adopter ? Rester à moitié allongé ou s’asseoir ? Relever les genoux pour s’en faire un dossier afin de maintenir le bouquin ? Assurément, la lecture dans ces conditions n’est pas toujours des plus commode.

Pour écrire, ce sont presque les mêmes problèmes. Il y a bien la fameuse tablette que l’on peut relever en position écritoire, à condition qu’elle soit dans le bon sens : dans le cas de figure, placée à droite alors qu’elle est habituellement à ma gauche… bonjour la gymnastique pour effectuer le changement ! Bon, mais une fois en place, lorsque l’on commence à écrire, on se rend vite compte que … les roulettes… ça roule ! Bref, on laisse vite tomber et on se retrouve avec son Télé-Jeux sur les cuisses !

Pendant ce temps-là, la salle est presque tranquille… nous sommes livrés à nous-mêmes et confiés au bon soin des alarmes : notre chère équipe soignante est partie manger, là-bas, dans son local. On peut les entendre discuter et souvent rire… c’est la pause méridienne, un moment de décontraction.

Lorsque l’une de nos machines réagit par une sonnerie lancinante, ou qu’un patient appelle (si sa voix ne porte pas assez, les stentors du groupe relaient la demande d’un « S’il vous plait ! »), l’un des membres de l’équipe vient s’enquérir du problème.

Il s’agit, le plus souvent d’une histoire de tension pour celui dont le contrôle est réglé de façon automatique. Cela se termine par l’arrêt de l’alarme, la mise en position haute des jambes s’il s’agit d’une chute, pouvant aller jusqu’à l’arrêt des UF pour tenter d’enrayer cette baisse. Où bien, le patient a droit à un : – Allongez votre bras… le tuyau est coincé et la mesure ne peut pas se faire !

Je passe sur tous les autres cas de figure déclencheurs des alertes : ce sont souvent des problèmes de paramètres de machine ou de positions des patients (les tubulures n’aiment pas trop être pliées !)

En dehors de ces bruyantes manifestations sonores, la salle ronronne du bruit des appareils et de celui des ronfleurs… les minutes s’égrènent…

O temps, suspend ton vol !

Profitons de ces moments de calme relatif… tout à l’heure, l’effervescence reprendra avec les premiers débranchements.

Aujourd’hui, la chaleur est difficilement supportable… la moitié des fenêtres sont ouvertes mais cela ne donne aucun souffle d’air. Le dégagement de calories des machines accentue le phénomène.

La climatisation, comme tous les ans, ne marche pas encore : un problème de pièce à changer, soi-disant, mais la réparation se fait attendre !

A l’inverse, selon le caprice du temps et des saisons, il arrive assez souvent le problème inverse, à savoir que nous pouvons avoir froid ! Certaines infirmières ont perpétuellement chaud et ouvrent d’autorité les fenêtres et ferment les radiateurs.

Là où je suis placé, il m’arrive alors d’être en plein courant d’air (redoutable !) Difficile de faire admettre alors que nous n’avons pas la même perception du chaud et du froid quand nous sommes allongés quatre heures sans bouger ! Nous n’avons plus d’autres ressources que de réclamer un drap de papier ou une couverture pour les plus frileux.

La cohabitation n’est, dans ces cas, pas toujours simple !

Atchoum ! Tiens, vous voyez… je m’enrhume !