Transplant blues – Episode 02 : Hypertension

juin 1, 2008

Visite de routine, donc, une fois par an… le truc un peu chiant, surtout quand on doit lâcher un boulot prenant ou urgent pour aller, séance tenante, pisser dans un verre, se faire contrôler la vue en lisant le sempiternel panneau aux lettres qui rapetissent à chaque ligne, se faire tripoter à moitié à poil en racontant ses états d’âme à un toubib que l’on ne reverrait pas de sitôt !

Jusque là pour moi, les docteurs, comme la plupart des « biens portants », on ne peut pas dire que j’avais beaucoup contribué à alimenter leurs comptes en banque. Pas plus malade que quiconque, en somme… je ne connaissais pas mon bonheur ! Le destin voulait qu’il soit temps que cela change !

Un petit problème constant cependant, et ce depuis la petite enfance : à chaque examen d’urine, des traces d’albumine. J’ai récupéré, depuis, auprès de mes parents, mon carnet de santé de quand j’étais gamin et retrouvé ces mêmes annotations à partir de l’âge de 8 ans.

J’ai également le souvenir d’examens périodiques contrôlant tous les paramètres liés au fonctionnement de mes reins, mais cela n’est jamais allé au-delà en matière d’investigations plus poussées ou de régime approprié. Avec le recul, mon expérience et mes connaissances actuelles, je pense que tout n’a pas été suffisamment fait pour diagnostiquer et enrayer éventuellement les prémices de cette maladie. La médecine, et surtout la prévention, ont fait fort heureusement bien des progrès depuis cette époque d’après guerre ! Pas de pot pour moi… je suis né juste un peu trop tôt ! Mais, « les regrets ne sont que des ratures » comme l’a dit un auteur célèbre…

Ce jour là, bien entendu, ce phénomène routinier ne dérogea pas à la règle… positif, comme d’habitude ! Je n’y attachais pas plus d’importance que les autres fois.

La grande nouveauté, par contre, lorsque je fus étendu sur la table d’auscultation, ce fut un affichage de tension pour le moins astronomique puisqu’il plafonnait à pas moins de 22 ! Résultat d’autant plus inattendu que je ne ressentais aucun malaise particulier (pas de mal de crâne, par exemple), à l’exception peut être d’une certaine fébrilité… caractéristique bien particulière et assez exceptionnelle dans mon cas, mais passant tellement inaperçue et sournoise qu’elle n’en était que plus redoutable. Depuis combien de temps, sans m’en apercevoir, traînais-je cette saloperie ? Cette légère nervosité se transforma alors en quasi panique à l’énoncé de ce record dont je me serai bien passé !

Mon toubib d’occasion n’avait pas l’air bien fier non plus, d’un seul coup ! Sans doute présentait-il que j’allais soudainement lui « péter une durite », genre anévrysme fulgurant, lui faire le coup de l’infarctus du myocarde sauvage, de syncoper sévère, de collapser grave, avec, en prime, une manifestation thrombo-embolique, une ch’tite encéphalopathie hypertensive, et pour finir, des crises convulsives ?

– Ah, non, pas de ça Lisette ! Pas dans mon cabinet ! Je n’ai pas pignon sur rue, moi ! Je ne suis pas conventionné ! Juste fonctionnarisé ! La sécurité de l’emploi, d’accord, mais les emmerdements, niet !

Là, j’avoue, je littéralise, je brode, j’imagine, je me fait lecteur de pensées…Eh, oh ! J’ai le droit d’inventer, si je veux… c’est moi qui raconte d’abord ! Il me plait à imaginer que cela aurait pu être les réactions d’affolement de mon praticien !

Bref, même si j’exagère un brin, le docteur il avait quand même envie de refiler le problème à un confrère de ville… si possible du côté de mon domicile, si vous voyez ce que je veux dire…

Bon, je ne lui en voulais pas… après tout, il avait fait son boulot, non ?

Il me conseilla donc de laisser mon travail en plan sur le champ, de ranger sagement mes petites affaires, et de me faire raccompagner, en ambulance (!), chez moi dans un premier temps, puis de consulter mon médecin de famille dans les plus brefs délais ! Tout ça tout en rédigeant, d’une main nerveuse, une lettre destinée à cet auguste collègue.

De quoi sacrément me rassurer et calmer ma tension, ces conclusions !

Fin du premier acte… et début de ma saga néphrologique.