Transplant blues – Episode 03 : Chez le cardio

juin 1, 2008

Finalement, c’est un collègue sympa qui m’a raccompagné en voiture comme si j’étais en porcelaine, en me couvant pendant tout le trajet d’un œil inquiet : Yves Montand dans « Le salaire de la peur » s’attendant à ce que la nitro éclate au moindre cahot ! Et moi qui passait mon temps à me tâter le pouls en guettant le moindre à-coup de mes pulsations… plutôt pâlichon l’hypertendu… franchement mou du genou… l’air faiblard de circonstance… je me voyait déjà à l’agonie ! Et dire qu’une heure à peine avant je me sentais en pleine forme ! Comme quoi l’annonce d’une nouvelle déplaisante peut influer sur le physique !

Arrivé at home, rescapé de ce rapatriement sanitaire, mon premier souci fût de prendre rendez-vous chez le toubib de famille… manque de chance, il était en congés ! Bon… il fallait en trouver un autre !

A mon avis, à coup sûr, un problème d’hypertension, cela ne pouvait provenir que du cœur ! Qui dit cœur dit cardiologue ! C’est sur cette hypothèse que je me suis retrouvé, l’après-midi même, dans le cabinet de cet éminent spécialiste qui avait bien voulu me recevoir en urgence, compte tenu de mon état et surtout de mon insistance.

Plutôt sympa et compétent, le cardio. Après lecture de la lettre du confrère et un interrogatoire en règle sur mes antécédents médicaux, j’eu droit à un examen poussé : stéthoscope, prise de tension (21 !) et électrocardiogramme (normal)

De prime abord, le diagnostic n’était pas évident, mais la mention de l’albumine dans mes urines l’incita à me prescrire une analyse sanguine des plus musclées. Il ne me dit rien de plus, préférant attendre les résultats du prélèvement avant de se prononcer. Je me doute, aujourd’hui, qu’il devait déjà bien avoir sa petite idée à propos de mon cas, mais j’étais alors totalement naïf sur les origines de mon état de santé. Il me prescrivit néanmoins, pour diminuer mon hypertension, un médicament dont j’avoue ne pas avoir gardé le nom.

Le lendemain matin, je me suis rendu, à jeun, au Laboratoire d’analyses biologiques de mon quartier pour l’examen sanguin en question. Les résultats ne seraient disponibles que le lendemain.

Je ne dirais pas que j’ai passé alors la meilleure nuit de ma vie. De nature habituellement plutôt insomniaque, la nervosité engendrée par les événements de la journée ne contribua pas à améliorer mon sommeil. Des tas d’idées plus ou moins noires et morbides peuplaient mes pensées… rien de tel que de vous déclarer malade pour que vous le deveniez réellement !

La lecture de mes analyses ne m’apprit pas grand-chose de plus… à l’évidence, je n’y connaissais rien, à l’époque. Tout juste, par comparaison aux taux normaux affichés en regard des « substances » concernées, la constatation de chiffres assez supérieurs en ce qui concernait une certaine « créatinine » (inconnue au bataillon !) et l’urée.

Il me fallut attendre encore deux jours pour en savoir plus en retournant chez le cardiologue.

Celui-ci décrypta les hiéroglyphes de mes analyses en prenant un air de plus en plus soucieux au fur et à mesure de sa lecture… Visiblement, ses premières impressions ressenties lors de ma visite précédente, semblaient se confirmer. C’est d’ailleurs ce qu’il me déclara, en reposant les feuilles du labo.

-« Monsieur, je crains fort que vos soucis de tension proviennent, en fait, d’un problème rénal !

Il m’expliqua alors, de façon assez schématique et compréhensible, que la concentration de créatinine et d’urée, substances produites par mon organisme et devant être éliminées par les reins, était plus grande que la normale et pouvait laisser imaginer un dysfonctionnement de la filtration rénale. Cette présomption de diagnostic était d’ailleurs renforcée par mon HTA (hypertension artérielle) et ma protéinurie (albumine)

Néanmoins, il était nécessaire de procéder à des examens supplémentaires plus poussés pour se prononcer de manière plus complète. Le mieux serait, dans mon cas, de consulter un néphrologue… j’appris alors la signification de ce terme… quelle grande découverte !

Il connaissait personnellement un éminent professeur qui dirigeait le service de cette spécialité, à l’Hôpital Paul Brousse de Villejuif (qui était assez proche de mon domicile, à l’Haÿ-les-roses), et me conseilla de prendre rendez-vous avec lui, muni des résultats d’analyses complémentaires qu’il allait m’ordonner, et d’un courrier.

Eh bien, voilà… nous sommes entrés dans le vif du sujet !