Transplant blues – Episode 04 : Visite privée ou publique ?

juin 1, 2008

– Bonjour, Madame… je voudrai un rendez-vous avec le professeur F…, s’il vous plaît !

– Ouuui ! En visite publique ou privée ?

Je me demande si j’ai bien tout compris. Heu ? Ca veux dire quoi ce charabia ? Je suis à l’école ou à l’hôpital ? Publique… privée ?

– Quelle est la différence, s’il vous plaît ?

La réponse de la secrétaire laisse percevoir un soupçon de lassitude et son ton se fait monocorde. Elle doit avoir une certaine habitude de répondre à cette question :

– La visite privée… vous êtes reçu directement par le professeur qui s’occupe personnellement de vous ! La publique… un interne vous voit d’abord et vous verrez le professeur, ensuite !

Bon, je n’étais pas idiot… j’ai compris que la visite privée devait être aussi de nature à ouvrir largement son portefeuille sans espérer un remboursement bien conséquent ! Je suis, à vrai dire, tombé un peu des nues, sur le coup… première fois que j’entendais parler d’une telle « discrimination »… je venais de faire connaissance avec la médecine à deux vitesses, en gros, à celle des pauvres et à celle des riches !

– Eh bien, on va peut être démarrer avec une visite normale, pour une première fois… on verra, par la suite, ce que je déciderai !

Je sentis, pendant la suite de notre entretien pour convenir d’une date et d’un horaire, au ton de mon interlocutrice, que celle-ci venait de me classer immanquablement dans la catégorie des patients du tout-venant, pour ne pas dire des assistés sociaux ! La honte, quoi !

J’ai appris depuis que cette pratique était le moyen de retenir les professeurs chefs de service dans le milieu hospitalier qui, sinon, émigreraient vers des lieux plus rémunérateurs (cliniques ou cabinets privés). Soit… mais ma tendance naturelle à un certain égalitarisme a encore aujourd’hui un peu de mal à l’admettre !

Il ne fallait pas que je me plaigne… après tout, j’allais être reçu par une sommité, même si la visite ne s’éterniserai sans doute pas.

Pas de rendez-vous disponible avant 15 jours ! D’ici là, j’avais largement le temps de faire mes examens complémentaires et en particulier un qui nécessitait le recueil de mes urines pendant 24 heures !

J’ai repris le travail au bout de trois jours. J’allais tous les matins me faire contrôler la tension à l’infirmerie du service médical. Le médicament avait commencé à agir puisqu’elle était redescendue aux alentours de 15/16, ce qui était malgré tout encore trop élevé.

Les jours passèrent sans apporter de fait nouveau.

Et me voici revenu au début de mon récit, après ce flash-back explicatif, dans cet hôpital de Villejuif, à la recherche du service de néphrologie. Bien évidemment, celui-ci se trouve quasiment à l’opposé de l’entrée… j’ai largement le temps d’admirer le paysage… pas des plus réjouissants, au demeurant. Oui, je sais, ce n’est pas un parc de loisirs même si l’on peut constater quelques tentatives de rendre moins austère les lieux par des parterres d’herbe et de fleurs et des plantations d’arbres divers et variés. N’empêche, l’allure des bâtiments aux façades assombries par le temps et aux grandes fenêtres parfois munies de barreaux n’est pas des plus engageant.

J’arrive enfin à l’avant dernier bâtiment, devant une pancarte qui affiche le nom du service. Je pénètre par une haute porte vitrée qui débouche dans un long couloir dont le plafond culmine à plus de trois mètres.

Un nouvel environnement auquel je vais être forcé de m’habituer pendant un bon moment !