Transplant blues – Episode 05 : Salle d’attente

juin 1, 2008

Une impression de gigantisme, tant par la hauteur que la longueur du couloir. Face à l’entrée, un escalier monumental monte à l’étage. Une enfilade de portes tout le long du couloir, et par endroit, des baies à mi-hauteur aux vitres teintées. Partout, des panonceaux indicatifs de services ou de noms de médecins. L’un d’entre eux attire plus particulièrement mon attention, à l’entrée d’un renfoncement donnant directement sur le couloir, celui du secrétariat. Une femme en blouse blanche trône derrière un comptoir, devant un écran et une batterie de téléphones. Je lui tends ma convocation. Après un rapide coup d’œil, elle me rend le papier et me dis, en me montrant une direction de sa main tendue : -« Patientez dans la salle d’attente ! »

Ah, ça, patienter ! Voilà une nouvelle activité où je vais bientôt exceller ! Je vais y consacrer un paquet d’heures dans les années à venir !

Patient… terme ô combien ambigu, à double sens. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, quelqu’un qui fait preuve de patience, bien que dans certaines de nos situations il ne faut pas en manquer ! Non… cette dénomination vient tout simplement du latin patiens, -entis, de pati, souffrir.

Une autre définition pour le patient désigne « l’être animé typiquement passif impliqué dans un événement qu’il ne contrôle pas »… pas mal non plus pour des malades chroniques !

Toujours est-il que me voilà effectivement en train de patienter dans cette salle destinée à cet effet… entouré d’une quinzaine de personnes, de tous sexes, tous âges, toutes conditions. On se regarde du coin de l’œil, sans ostentation pour ne pas se gêner, mais on se doute bien que l’on est tous là pour les mêmes causes et les mêmes effets. Une certaine solidarité dans la misère de nos corps !

Les plus calmes ont l’air d’avoir leurs habitudes… de doit être des « anciens », des permanents de la néphro ! Cela se traduit à la fois par une certaine assurance et une passivité remarquable, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. On reconnaît aisément les petits nouveaux à une certaine agitation et un énervement qui les animent : ils gigotent sur leur chaise, regardent leur montre toutes les deux minutes, poussent de longs soupirs et se lèvent pour aller s’inquiéter de leur tour de passage auprès de la secrétaire.

Moi, de par nature assez posé, je me contente d’attendre, bien sagement, sûr qu’à un moment ou un autre, quelqu’un viendra bien s’enquérir de ma personne !

C’est ce qui arrive, finalement, au bout de trois quart d’heure… mon nom résonne dans la pièce… un jeune homme en tenue de médecin me hèle depuis l’entrée de la salle. Quand je dis tenue médicale, elle ne se distingue que par la blouse traditionnelle, car le reste n’est pas très orthodoxe ! Chemise à carreaux, Jeans plutôt douteux et effrangé au bas, et baskets assez innommables ! Ah, la tenue des internes a bien changé, ma pauv’e dame !

Il me précède dans le couloir… et donc, je le suis.

Nous pénétrons dans une pièce où se trouvent un bureau, trois chaises et une table d’auscultation. Sur l’une des chaises, derrière le bureau, une jeune fille, interne également mais d’une mise plus soignée que celle de son camarade.

Je vous passe les détails… présentation, lecture de ma lettre d’introduction et des résultats de mes différentes analyses, questionnaire complet sur mes antécédents médicaux. Au fur et à mesure de mes réponses et de la lecture des documents, tous les renseignements sont annotés dans un cahier.

Ce n’est que le début de mon dossier qui n’a pas fini de s’épaissir au fil des années à venir.