Transplant blues – Episode 06 : Annonce sans fioriture

juin 1, 2008

Mes deux « enquêteurs » sont un peu gauches, empruntés, parfois hésitants. Le gars me paraît, à vrai dire, franchement « à l’ouest », un peu à côté de ses pompes, pas franchement bien réveillé… il a dû faire la java la veille au soir ! Sa copine, plus sérieuse et attentive, passe son temps à le reprendre… tout juste si elle ne lui arrache pas le stylo des mains pour écrire à sa place.

Moi, ça me fait doucement rigoler… et dire que ce sont les mêmes qui, dans quelques années, prendront des airs supérieurs et infaillibles et nous feront croire qu’ils connaissent leurs sujets sur le bout des doigts ! En attendant, ça patauge sec. Le gars, qui a entrepris de me prendre ma tension, me colle le brassard à l’envers ! Sa copine s’énerve et lui reprend la main… heureusement qu’ils n’ont pas à me faire une piquouse !

Je ne sais pas en quelle année ils sont mes deux branquignols, mais ils me font passer un bon moment. Apparemment, ils ont fait le tour de mon cas… n’ont plus de question à me poser… circulez, y’à rien à voir ! Retour en salle d’attente… heureusement, j’avais flairé le coup, j’avais emmené un bouquin pour passer le temps !

Un bon moment plus tard, on m’appelle de nouveau… cette fois-ci, c’est pour le grand patron ! Je pénètre dans un autre bureau, semblable au précédent. Derrière le bureau se tient un homme, pas très grand, plus tout jeune, aux cheveux blancs. La blouse blanche de rigueur, cravate, chemise claire. Le regard est vif et pénétrant… je me sens jaugé au premier coup d’œil. A côté de lui est assis mon interne folklo de tout à l’heure.

Un bonjour un peu distant auquel je réponds, l’air pas très assuré comme si je passais un oral d’examen…

Apparemment, il a déjà consulté les notes prises par ses deux élèves, ainsi que les résultats de mes analyses et la lettre du cardiologue. Il me lâche alors à brûle-pourpoint :

– C’est très embêtant !

Ah, dis donc, la douche froide… ça commence bien, la visite ! Je déglutis avec peine en attendant la suite des catastrophes !

– Vous avez un grave problème rénal… c’est très soucieux… il faudrait que nous fassions d’autres examens… nous allons fixer un rendez-vous pour une biopsie… vous serez hospitalisé 24 heures !

En un instant, j’ai dû changer de couleur, je dois être pâle comme un linge… mon cœur a fait un sursaut ! Et il t’annonce le truc, comme ça, froidement, direct, sans fioriture ! On ne peut pas dire qu’il prend des gants, pépère !

Moi qui n’ai jamais eu la moindre opération de ma vie, pas même la petite appendicite si classique, me voilà, en deux mots, condamné à me faire charcuter ! Car, pour moi, le terme biopsie m’évoque le coup de scalpel dans le dos pour aller prélever un morceau de mon rognon à la source ! Je ne vous dis pas le cinéma que je me suis fait, mentalement, pendant les quelques secondes qui ont suivi !

Et, sans plus d’explications, le voilà qui remplit des papiers en me demandant quel jour de la semaine suivante me conviendrait… en fait, je n’ai pas vraiment le choix puisqu’il enchaîne en me disant : – Ce sera pour mercredi. Vous venez mardi en fin d’après midi pour les examens et radios.

Et hop, au revoir Monsieur, à dégagez, bonjour chez vous et au suivant !

Plutôt rapide et sèche, la consultation ! Ah oui, c’est vrai : visite publique ! J’espère qu’il est un peu plus prolixe et onctueux pour la visite privée… qu’on en aie pour son argent ?

Me voilà d’un coup dehors, sans avoir pu ni su réagir et poser la moindre question. Ne vous moquez pas, cela a bien dû vous arrivez à vous aussi, la première fois ! Et puis, à l’époque, les mandarins ne perdaient pas trop de temps en explications… leurs sentences tombaient et n’appelaient aucun commentaire. Eux détenaient le savoir et le pouvoir… vous, pauvre malade n’aviez qu’à acquiescer et à subir ! Les droits du malade, la consultation du dossier médical ? Même pas en rêve en 1987 !

Bienvenue dans le monde sans pitié de l’assistance publique !