Transplant blues – Episode 08 : PBR grande première

juin 1, 2008

A l’heure dite, à peu de chose près, le professeur arrive dans ma chambre, suivi d’une infirmière porteuse d’un haricot contenant, je le pense, les instruments de ma torture. La PBR va donc se passer ici, sur mon lit… pas de salle particulière ni de table pour officier… on fait ça à la bonne franquette !

Je me retrouve torse nu, couché sur le ventre. Je n’ai pas les moyens de voir grand-chose dans cette position… cela n’est peut être pas plus mal, je n’ai pas le loisir de me faire peur en voyant ce qui va m’arriver… quoique, l’inconnu n’est pas sans effrayer !

Je l’entends qui demande des trucs à son acolyte qui lui passe ce qu’il lui réclame. Tout en me badigeonnant d’abondance le dos d’un liquide assez froid, il me dit qu’il va d’abord me faire une injection d’anesthésiant contre la douleur et que cela va piquer légèrement. Ouaih, léger, doux euphémisme… il n’y a rien pour endormir la douleur de cette première piqûre ?

Pendant que le produit fait son effet (enfin, je l’espère), je le sens qui prend des mesures avec ses doigts sur mon dos. Apparemment, il travaille au pif, subodore l’emplacement de mon rein (c’est celui de gauche qu’il semble avoir choisi) par de savants calculs en partant de points de repère de mon anatomie dont il semble avoir le secret. Je peux vous assurer que c’est le seul que je verrais procéder de cette manière et ce, de manière plus efficace que bien d’autres !

Il trace des signes cabalistiques sur mon épiderme avec ce que je pense être un feutre. Serait-ce une cible qu’il est en train de me dessiner ? Il me dit alors, toujours de manière aussi laconique : – Je vais maintenant vous piquer… respirez un grand coup et ne bougez plus !

Je sens alors une aiguille, qui me semble être bien mahousse, rentrer dans mes chairs, à vrai dire sans me provoquer trop de douleur. Puis, une fois stabilisée, une sensation d’aspiration assez énorme : j’ai l’impression qu’une partie de mon intérieur passe en entier dans la seringue, comme si je me vidais en partie à l’extérieur. Cela n’a duré que quelques secondes mais l’impression n’a pas été des plus agréables.

L’aiguille retirée, il applique à sa place une compresse qu’il va maintenir appuyée un bon moment, tandis qu’il tend la seringue à l’infirmière.

– Voilà, c’est terminé, me dit-il. Vous devez rester allongé, sans bouger pendant plusieurs heures. Vous maintiendrez ce sac de sable pour comprimer la ponction. Si vos urines sont teintées, vous appelez l’infirmière de garde. Au revoir, Monsieur !

Un bavard, je crois vous l’avoir déjà dit !

Et je me retrouve tout seul… je me remets sur le dos… je sens une gène plus qu’une vraie douleur… sois patient, dès que l’effet de l’anesthésique aura disparu, tu aura un peu plus mal ! Bon… alors… et ce sac, qu’est-ce que j’en fais ? Il sert à comprimer ! Je me le mets donc sur le ventre, du côté gauche !

J’angoisse quand même un brin… et si jamais il m’avait piqué dans l’artère rénale ou bien la veine ? Bonjour l’hémorragie interne ! Du coup, je me force à pisser dans le pistolet qui m’a été laissé. Détail scabreux mais on est entre nous… je ne me suis jamais servi de cet engin… comment fait-on ? Couché sur le dos, cela ne me semble pas des plus pratique et un tantinet dangereux pour le drap ! En même temps, on m’a dit de ne pas bouger, donc je ne peux pas me lever ! Je coupe la poire en deux en me mettant sur le bord du lit et sur mon côté, le pistolet dans le prolongement de mon… tuyau ! Je pisse. Vite, je regarde… l’urine est claire… ouf, tout va bien pour l’instant.

Je résume… je ne vais pas vous infliger ces heures d’immobilisme et d’attente… cela n’apporte rien de plus au récit !

Si, tout de même une chose… au bout d’une heure, on vient me voir (savoir si je ne suis pas mort ?) et là, j’apprends que le foutu sac, c’était dans le dos que j’aurai dû me le coller !

Si en plus il faut tout deviner dans cet hosto !