Dessin : Les joies de la campagne…

avril 19, 2012

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Transplant blues – Episode 12 : Fatalisme et acceptation

juin 1, 2008

Fort de toutes ces informations, j’en savais désormais plus sur ce qui me pendait au nez ! Je n’irais pas jusqu’à dire que j’envisageais l’avenir sur un air radieux et parfaitement serein, mais il est sûr que cette visite m’avait un peu regonflé le moral. Ce qui m’était tombé dessus était certes un coup du sort qui allait modifier profondément mon existence et celle de mon entourage. C’était maintenant un fait acquis… le mal était là, poursuivant inexorablement sa destruction, sans aucune issue de secours… juste une question de temps. Je devais continuer à vivre avec une nouvelle perception de mon avenir, sans toutefois tomber dans un état de dépression dont il était sans doute fatal et naturel d’y sombrer !

Les sentiments qui m’habitaient alors sont aujourd’hui difficiles à décrire, car les années ont passées et les souvenirs se sont estompés. Je me souviens cependant que j’en étais arrivé à une certaine forme de fatalisme, en acceptant finalement, avec une sorte de détachement, cette nouvelle situation, comme si je la vivais en spectateur externe de ma propre vie. Peut être que cela était une forme d’autodéfense, plus de l’inconscience que du courage ?

Je me raisonnais aussi en me disant que j’étais finalement assez chanceux, dans mon malheur, que cela m’arrive seulement à la quarantaine et non pas quelques décennies plus tôt ! Au niveau professionnel, j’avais fait le plus dur du chemin : ayant démarré au bas de l’échelle, j’avais réussi à atteindre le niveau cadre en une vingtaine d’années. De ce côté-là, je n’avais donc pas trop de soucis et mon métier de comptable/informaticien n’était pas de nature à être incompatible avec des traitements répétitifs, lourds et fastidieux.

Sur le plan familial, pas d’inquiétude non plus, bien que mon épouse se faisait sans doute plus de soucis sur mon sort que moi-même ! Quant à mes deux enfants, ils sortaient juste de l’adolescence et je devais seulement continuer à les aider à poursuivre leurs études, ce qui ne devait pas poser de problèmes majeurs étant donné l’assurance d’une continuité certaine de mon activité professionnelle.

J’avais également, si les pronostics du professeur étaient exacts, un certain délai avant d’en arriver au stade terminal. Là aussi, on pouvait considérer ce laps de temps comme une chance de pouvoir se préparer psychologiquement au pire ! J’aurai l’occasion, plus tard, de côtoyer des insuffisants rénaux qui ont été transférés en dialyse en urgence, quasiment du jour au lendemain, à la suite d’une destruction foudroyante de leurs reins ! La situation n’est certainement pas la même… je peux aisément comprendre le sentiment de panique et d’incompréhension que pouvaient ressentir ces malades.

Voilà un résumé des sentiments que j’ai ressenti à mes débuts et qui allaient perdurer, en fait, tout au long de mon parcours d’IRC.

Les mois ont passé, sans grands changements dans mes habitudes de vie. J’arrivais, tant bien que mal, à oublier par moments que l’épée de Damoclès était suspendue au dessus de ma tête. Je me sentais, à nouveau, dans la peau d’un malade, à chacune de mes visites trimestrielles à l’hôpital pour des contrôles sanguins et un tête à tête avec mon professeur qui faisait le point sur l’étendue de mon affection. C’est là où j’ai commencé à redouter la sanction du taux de cette fichue créatinine ! Celle-ci grimpait doucement mais sûrement, sans aucune baisse ni recul, me laissant, à chaque fois, moralement abattu pour quelques jours. Et puis, l’habitude aidant, je repartais sur les rails avec une confiance retrouvée en me disant que ce n’était pas encore pour cette fois ci !