Transplant blues – Episode 13 : On commence par des petits dessins, et…

juin 1, 2008

Du côté de l’association, j’avais doucement mis le pied à l’étrier. Des 3 petits dessins du début, j’étais rapidement passé à un rythme plus important à chaque nouveau numéro de la revue. Dans le meilleur de ma « production », j’arriverai entre 15 à 20 illustrations chaque trimestre.

A priori, cela avait l’air de plaire à la majorité des lecteurs, à l’exception de certains (assez rares cependant) qui les trouvaient trop caustiques. J’aurai l’occasion, au fil des ans, des rencontres ou des courriers, d’avoir des témoignages de satisfaction venant de tous les horizons, d’insuffisants rénaux, de médecins et personnel soignant. Nombre de mes dessins ont été reproduits, affichés dans des centres de dialyse et hôpitaux, tant en France qu’à l’étranger ! Ils auront apporté un peu de réconfort et de dérision dans cet univers pas franchement réjouissant, sans compter qu’ils constituaient, pour ma part, une excellente auto thérapie !

Comme les dessins devaient illustrer, le plus souvent, des articles bien précis, je fus assez rapidement embauché au Comité de lecture afin d’en avoir connaissance dès la confection de chaque revue. J’ai ainsi contribué au choix et au contenu de chacun des numéros, me permettant de me perfectionner avec le monde de l’insuffisance rénale.

Mes avis et suggestions ont du être utiles puisque je me suis retrouvé, quelques années plus tard, associé au bureau exécutif de la fédération, comme chargé de mission pour la revue, dans un premier temps, puis secrétaire général adjoint ensuite avec pour tâche complémentaire de rédiger tous les comptes rendus de chaque réunion, y compris les Assemblées Générales et les Conseils d’Administration ! Voilà ce qu’il en coûte quand on a quelques dispositions à pouvoir aligner deux phrases de suite !

Ce nouveau « statut » d’adhérent associatif actif n’avait pas échappé à mon néphrologue puisqu’il était lecteur de la revue et appréciait visiblement le travail accompli par la Fnair. Il avait d’ailleurs été interviewé dans un numéro précédent à propos de la situation de la transplantation.

Nos rapports furent, dés lors curieusement plus « conviviaux » ! Du jour au lendemain, je n’étais plus le malade lambda mais était estampillé patient impliqué et motivé ! Nos rencontres épisodiques prirent une tournure moins protocolaire et moins réservée, sans toutefois sortir de nos rôles respectifs de médecin omnipotent et de malade impuissant (il ne faut pas rêver !)

A chacune de mes visites, il me glissait des « messages » à faire suivre auprès des responsables de l’association :

– Vous devriez parler de çà… demandez ceci au Ministère… traiter de tel sujet…

C’était assez marrant, finalement… rien à faire, le docte professeur ne pouvait s’empêcher de vouloir orienter le fonctionnement de son cheptel ignorant ! Tout de même sympa, au demeurant… cela prouvait qu’il s’intéressait un peu à nous !

A l’époque, l’association n’avait pas aussi bonne presse auprès de pas mal de ses confrères !

– Des malades qui voudraient nous dicter notre conduite et qui prétendraient en connaître autant que nous ? Restez à votre place, messieurs les « suffisants » rénaux !

Je ne grossis pas le trait, croyez-moi, je l’ai entendu !

Heureusement, la tendance commençait à s’inverser. Certains praticiens, à l’instar du mien, avaient compris tout l’intérêt que pouvait représenter un groupement de patients s’intéressant à leurs pathologies et à leurs traitements, capables d’en informer le plus grand nombre et de revendiquer un avenir meilleur auprès des instances décisionnaires. Loin de représenter une concurrence, ceux-ci ne pouvaient être que de précieux auxiliaires.

Il fallait simplement que cela rentre dans les mœurs !