Transplant blues – Episode 15 : Premier passage sur le billard

juin 1, 2008

Nogent, c’était pas vraiment la porte à côté pour un banlieusard du sud de Paris, tant il est vrai qu’en région parisienne, question déplacements, on ne raisonne pas en kilomètres mais en temps ! La clinique Armand Brillard où officiait notre maître es fistule était certes proche d’une station du RER A, mais pour une première approche, j’optai plutôt pour la voiture. La suite allait me démontrer que ce choix ne serait pas le plus judicieux car, si le parcours se déroula à peu près normalement, le problème du stationnement fut pour le moins problématique ! J’ai du tourner plusieurs fois dans le quartier avant que de pouvoir trouver un point de chute… et encore, payant, comme il se doit !

Trêve de digressions, je ne suis pas payé à la ligne, mais c’est juste pour évoquer les embarras de circulation francilienne !

Me voici, une fois de plus, dans une salle d’attente. Elles se ressemblent toutes… les mieux loties offrent, sur une table basse, une série de revues défraîchies et hors d’âge traitant de sujets plus passionnants les unes que les autres : Argus automobile, revues de santé à vous filer le bourdon, les Match-choc des photos-le poids des mots dans un état chiffonné à force d’être lus et relus, j’en passe et des plus tartes !

Le chirurgien me reçoit, l’air pressé comme semblent l’être tous ceux de sa profession, toujours entre deux interventions et condescendant à vous sacrifier quelques minutes de leur précieux temps. C’est le genre baraqué, les manches de la blouse relevées sur des bras impressionnants et velus, plus très jeune. On a du mal à s’imaginer qu’il pratique de la chirurgie de précision… bon, il y a bien des boxeurs qui font des travaux de dentelle à leurs moments de loisirs !

Je suis expédié, vite fait… un coup d’œil sur mon bras gauche (puisque je suis droitier)… il me tripote un peu en mettant en évidence mes pauvres veines bien peu apparentes… il conclue que l’on doit pouvoir faire ce qu’il faut sans problème… il feuillette son agenda et me propose de revenir dans quinze jours : je rentre la veille dans l’après midi pour être opéré le lendemain matin… sortie prévue pour le jour même !

Dehors… retour à la vie normale et aux encombrements !

La quinzaine se passe… au fil des jours, je m’angoisse un peu plus. C’est mon premier passage sur le billard… je ne peux m’empêcher de faire des associations de mots assez morbides : corps, billard… corbillard ! La franche gaieté, quoi… si j’avais su que cette grande première allait être suivie d’une dizaine d’autres, j’aurai moins paniqué. Aujourd’hui, il m’est facile de jouer les vétérans de la chirurgie… ne vous impatientez pas, je vous raconterai tout… avec forces détails ! Edifiant et instructif pour ceux et celles qui sont encore vierges du bistouri ! Saga chirurgica… ambiance de la frousse !

Paniquez pas les amis ! Je suis toujours là ! C’est juste pour vous faire peur… vous sortir de votre torpeur… donner un peu de piment dans ce récit qui traîne en longueur… faut bien mettre un brin de suspense pour accrocher le lecteur.

Je jour fatal arrive… je me suis fait accompagner par mon épouse car je ne vois pas mon automobile laissée abandonnée 24 heures à la rapacité des contractuels du cru !

Je me retrouve seul dans une chambre à deux lits… pas pour longtemps car un voisin arrive quelques minutes plus tard… même motif, même punition… un autre candidat pour la fistule !

Je constaterai d’ailleurs, le lendemain, que nous ne serions pas les seuls, puisque notre as du scalpel pratiquait en série et à la chaîne, intervenant tour à tour entre deux salles d’opération… comme à l’abattage !