Transplant blues – Episode 16 : En douceur et sans douleur

juin 1, 2008

A peine installé, je reçois la visite d’un anesthésiste pour un interrogatoire en règle sur mes antécédents médicaux, mes allergies éventuelles, et la liste des médicaments que j’ingurgite chaque jour. L’entretien est rapide… pas de temps à perdre… il interroge, de même, mon voisin de chambre. Exit le toubib… d’autres consultations sans doute ?

Mon acolyte n’est pas du genre loquace… sûrement pas envie de me raconter sa vie… elle ne doit pas être très différente de la mienne, du moins au niveau de son parcours médical ! Je respecte sa volonté de rester dans ses pensées… c’est aussi mon cas, finalement… cela phosphore sec, là-haut !

Des voisins de chambrées hospitalières, j’allais en fréquenter un bon paquet au cours des années qui allaient suivre. Je ne sais pas à quoi cela tient, mais la plupart de mes colocataires allaient se révéler être de drôles de clients, de tous les acabits ! La cohabitation forcée avec un sacré paquet d’énergumènes ! Je vous raconterai, au fur et à mesure de mes rencontres… ce n’est pas triste… une vraie galerie représentative de la comédie humaine.

Tout ça pour dire que je m’étais avancé un peu trop vite sur le calme apparent de mon binôme du jour. S’il ne daignait pas m’adresser la parole, j’allais, par contre, tout savoir de son existence, car ce monsieur était un accroc du téléphone portable, bien que son usage était prohibé au sein de la clinique ! Il en fit un usage pour le moins ahurissant jusqu’à assez tard dans la soirée, téléphonant tous azimuts et en racontant toujours la même chose, comme s’il était seul au monde. Difficile de ne pas faire abstraction de ces conversations d’ordre souvent intimes et, pour tout dire, franchement lassantes à la longue !

J’eu droit cependant à un moment de relâche, à l’arrivée d’une femme de service qui venait pour l’opération « rasage » d’usage, nécessaire avant l’intervention. Je pensai que ce dépoilage allait se limiter à la main et une bonne partie du poignet… ce fut tout le bras qui y passa, y compris l’aisselle ! Et à sec et sans ménagement, je peux vous dire ! Et pas le temps de dire ouf : malheur pour les quelques grains de beauté qui sautèrent pour l’occasion ! Une véritable boucherie… ça saignait de partout ! Pas troublée pour un sou, ma tortionnaire termina son carnage en m’enveloppant le bras d’un paquet de coton imbibé d’alcool (particulièrement jouissif pour mes blessures !), le tout maintenu par une bande Velpeau avec laquelle je me battrai toute la nuit pour la remettre en place continuellement !

Je fus donc en « pleine forme », au petit matin, pas vraiment serein et calme pour aborder l’épreuve à venir ! Et cela ne fit qu’empirer au cours de la matinée puisque mon passage sur le billard fut reporté à 11 heures… cette attente, le ventre vide, ne concoura pas à me détendre ! Le seul point positif, si je peux dire, c’est que mon bruyant voisin me donna deux bonnes heures de répit en étant parti à la salle d’opération à 9 heures !

J’ouvre un œil… quoi, déjà fini ? J’ai la sensation qu’à peine cinq minutes se sont écoulées depuis que le chirurgien est passé me voir en coup de vent dans la salle d’attente attenante aux blocs et que l’anesthésiste m’a fait une piqûre : – Comptez jusqu’à dix !

Je ne ressens rien de spécial… pas nauséeux… l’esprit clair. Je suis de retour dans cette salle de transit, en compagnie d’autres gisants. A côté de moi, une femme âgée s’agite sur son brancard en prononçant des bribes de paroles inintelligibles… elle essaye de retirer sa chemise… dur spectacle pour mon réveil ! Visiblement, l’anesthésie lui a enlevé toutes ses inhibitions !

Je regarde mon poignet gauche et ô surprise, pas le moindre pansement ! Je peux voir la trace d’une incision de pas plus de deux centimètres, suturée par des fils.

Voilà, c’est fait, en douceur et sans douleur !