Transplant blues – Episode 17 : Se prendre en charge

juin 1, 2008

Pour ce qui est des suites opératoires, cela n’a pas traîné… j’ai été remonté assez vite dans ma chambre… et en fin d’après midi, dehors ! Au moins, c’était expéditif ! En guise de souvenir, un compte-rendu de l’intervention sous la forme d’un imprimé cartonné pré-établi avec la représentation d’une main et d’un avant bras sur lequel avait été dessiné le détail du raccordement de mes vaisseaux. Un commentaire succinct et assez illisible, comme il se doit, était annoté en marge du schéma… une belle illustration pour la postérité à joindre à mon dossier médical personnel !

Inutile de vous dire que, dès ma sortie, je passais mon temps à me prendre le pouls au niveau de ma cicatrice. La sensation, toute nouvelle de ce frémissement sous mes doigts témoignant du flux sanguin artériel (appelée le thrill) fut, pour le moins assez extraordinaire, voire même, à la limite, angoissante. Ce souffle était encore plus énorme lorsque je mettais mon poignet contre mon oreille… cela ressemblait au bruit sourd d’une machinerie de navire martelant en cadence.

Je le ferai percevoir, à partir de ce jour, sans réserve, à tout ceux qui voudraient goûter à cette sensation pour le moins étonnante… certains en seraient d’ailleurs assez effrayés ! Le constat de ce signal omniprésent émanant tout droit de mon cœur était une nouveauté bien troublante. Il était assez étrange de remarquer, à cet égard, que nous étions finalement plutôt chanceux de ne pas subir directement en permanence ce « chant » de nos artères. C’est l’un des mystères de la nature que de ne pas percevoir tous les bruits internes de notre corps, et c’est mieux ainsi pour notre tranquillité !

Ces battements et ce son continuels allaient, dès lors, rythmer au jour le jour ma nouvelle vie d’insuffisant rénal. Ceux-ci se rappelaient toujours à moi… pas de répit… je les percevais aussi la nuit, même quand mon bras était glissé sous mon oreiller !

La fistule proprement dite ne se développait pas beaucoup, juste un léger renflement, à certains endroits de ma veine. Celle-ci n’allait d’ailleurs pas devenir très énorme durant les quelques mois de dialyse qui allaient arriver, ayant pour effet de rendre assez délicates les opérations de ponctions. Mais, n’anticipons pas… chaque chose en son temps !

Voilà, j’étais dès lors, « équipé » et fin prêt pour l’étape ultime… je savais que je ne disposais, tout au plus, que de quelques mois de sursis avant le grand saut.

Mes visites et examens à l’hôpital s’accélérèrent à partir de ce jour et les résultats de mes analyses ne firent que s’accroîtrent à chaque fois, de manière exponentielle.

Nous en sommes arrivés au mois de décembre 1989.

Le professeur me fait comprendre que le terme est arrivé et qu’il faudrait s’inquiéter de me trouver un centre de dialyse. Celui de l’hôpital était un centre dit « lourd », réservé uniquement aux cas les plus graves dont les pathologies souvent associées nécessitaient une surveillance spéciale. Pas de place donc pour moi !

Vous commencez à me connaître, je ne suis pas du genre à attendre que les événements me tombent dessus sans que je puisse au moins les maîtriser en partie ! Je décidais alors de me prendre une nouvelle fois par la main et de partir, moi-même, à la recherche d’un centre de dialyse, si possible le plus proche de mon domicile.

Le constat était rapide : le département de l’Essonne dans lequel je résidais (j’avais émigré depuis peu à Savigny-sur-Orge, en dessous d’Orly, entre Autoroute du Sud et Nationale 7) était l’un des moins fournis en centres de dialyse. Les plus proches étaient à Evry, Fleury-Mérogis, puis, vers l’ouest à Châtenay-Malabry ! Il y en avait, bien sûr, un bon paquet dans Paris, mais cela ne me semblait pas des plus pratiques au niveau des transports !

Et puis, ce n’était pas le tout de se choisir un centre avec une certaine proximité, encore fallait-il y trouver une place disponible ! Le critère de choix supplémentaire, et non le moindre d’ailleurs, était de pouvoir dialyser en soirée afin que ces nouvelles contraintes soient compatibles avec la poursuite normale de mon activité professionnelle !

Autrement dit, le challenge n’était pas simple ! Dur, dur, le parcours de l’IRC !

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