Transplant blues – Episode 20 : Organisation et routine

juin 1, 2008

Et c’est parti pour cette nouvelle vie… tout est à réorganiser.

Côté travail, pas de grands changements. Les jours de dialyse, j’utilisais ma voiture au lieu du bus habituel pour me rendre à la station du RER. J’avais loué une place au mois au parking de la gare et je prenais le train, comme les autres jours… direction Issy les Moulineaux !

Le soir, parcours inverse… arrivé à Savigny, je n’avais plus qu’à monter en voiture pour aller directement au centre. Je gagnais ainsi un temps précieux en évitant de rentrer chez moi et je restais autonome. C’était une sage décision, car j’avais vite constaté que tous ceux qui avaient recours aux ambulances ou VSL étaient totalement dépendants du bon vouloir de ces transporteurs ! Bien souvent en retard… à l’aller… comme au retour ! Insupportable… donc, pas question en ce qui me concernait !

Durant mes six mois de dialyse, je me déplacerais toujours de la sorte sans avoir le moindre problème, même pour les retours en fin de séance où j’aurai la chance de jamais éprouver ni malaise ni grosse fatigue… un gain de temps précieux et la sensation de rester maître du jeu ! Une volonté de continuer à me prendre en charge, quoi qu’il arrive ! IRC émancipé et responsable !

Les séances démarraient entre 18 à 18h30, selon les jours, ce qui fait que nous sortions vers 22h. Le temps de rentrer chez moi, il ne me restait plus qu’à me coucher pour être de nouveau partant au travail, le lendemain matin, sans trop me ressentir de la dialyse de la veille. Le choix de ces horaires était donc le meilleur pour la poursuite de mes activités.

Mes collègues de galère étaient relativement jeunes et actifs… en tous cas plus que ceux du matin ou de l’après midi ! Il semblait assez normal, en effet, de privilégier les malades qui travaillaient pour cette séance du soir. L’ambiance s’en ressentait. Les contacts et les échanges étaient plus courants… les conversations animées… l’humeur plus festive. Le temps passait ainsi plus vite. J’avais parfois la sensation d’aller à un club de loisirs… enfin, quand les alarmes ne retentissaient pas trop… quand les crampes ne faisaient pas trop hurler les moins chanceux… quand aucun incident sérieux ne venait troubler notre routine !

Le plateau repas était joyeusement accueilli sur le coup des 19h ! Il faut dire, qu’à l époque, nous avions la possibilité de nous voir servir une canette de bière bien frappée avec notre dîner ! Pour des gens assoiffés comme peuvent l’être des dialysés, je peux vous assurer que cet instant était divin !

Apparté : Je n’ai hélas plus le même bonheur dans mon centre aujourd’hui où je dois me contenter d’un petit verre d’eau pas toujours très fraîche ! Les temps sont durs… ahhh, ça me donne soif !

Même chose pour certaines douceurs que nous apportions en prime afin de les déguster pendant la première heure : gâteaux, chocolat et autres mignardises habituellement interdites (gare au potassium !) Nous avions l’impunité de les voir se « dissoudre » dans les méandres du dialyseur !

Le simple bonheur peut ainsi résulter de petits riens, d’événements qui peuvent paraître bien modestes et anodins pour ceux qui en usent normalement chaque jour. L’insuffisant rénal, être diminué dans son corps et son âme n’a pas la même perception de ces rares petits plaisirs qui prennent alors une dimension « extra-ordinaire »…