Transplant blues – Episode 24 : Cystographie rétrograde

juin 1, 2008

L’angiographie numérisée par voie veineuse, même à « répétition », c’est néanmoins un moindre mal ! C’est tout de même moins invasif que l’artériographie à laquelle j’ai échappé ! C’est le même principe que l’angiographie mais cet examen radiologique permet de visualiser, cette fois-ci, les artères par l’injection dans ces artères d’un produit de contraste iodé. Le médecin radiologue réalise une ponction de l’artère fémorale à l’aine (ou humérale, au niveau du coude), par laquelle il atteindra les artères à étudier à l’aide d’une sonde (petit tuyau). Plusieurs clichés sont réalisés lors d’injections successives.

La deuxième épreuve importante qui m’a particulièrement marqué lors de cette panoplie de contrôles divers et variés porte le nom charmant de cystographie rétrograde. Cet examen vise à vérifier l’absence de reflux vésico-uretéral, c’est-à-dire un reflux anormal de la vessie vers le rein via l’uretère, ce dernier étant toujours pathologique.

Le reflux vésico-uretéral est l’une des causes les plus fréquentes de consultation urologique des enfants. Le reflux signifie que les urines remontent dans les uretères, vers le rein, alors que le flux normal est à sens unique : des reins vers la vessie et l’urètre. Cela peut entraîner des conséquences néfastes pour les reins : altération ou destruction irréversible, infection du rein… L’existence de ce reflux peut donc être une contre indication à la transplantation puisque le greffon risquerait ainsi d’être infecté.

Le diagnostic du reflux est fait en radiologie par une urétro-cystographie rétrograde (UCR). Ceci implique la pose d’une sonde urinaire souple et stérile introduite par l’orifice externe (ou méat) de l’urètre jusque dans la vessie. Une fois en place, un ballonnet est gonflé pour empêcher la sonde de ressortir pendant l’examen. La vessie est alors remplie doucement par instillation de produit de contraste (produit iodé) dans la sonde jusqu’au remplissage complet de la vessie.

L’examen se poursuit par la prise de clichés radiologiques (face, profil, obliques) de la vessie pleine puis par des clichés per-mictionnels (pendant un temps de miction) et post-mictionnels (après avoir vidé la vessie).

Voilà donc le programme ! Vous imaginez sans doute maintenant le tableau ! Votre serviteur est couché, une nouvelle fois, en petite tenue sur la table de radio, position des plus inconfortables, tant physiquement que moralement ! Inutile de préciser que, dans ces circonstances, toute pudeur doit être mise au rencard ! Pas facile de rester décontracté et naturel sous les regards (que l’on espère purement professionnels) du radiologue et de son… assistante !

Cette dernière est finalement uniquement présente pour donner au toubib la fameuse sonde et être une spectatrice attentive aux manœuvres du spécialiste ! Cet instrument de torture ne semble d’ailleurs pas convenir à ce dernier puisqu’il en réclame un autre, de dimension apparemment plus importante, ce qui n’est pas du tout fait pour me rassurer !

Juste avant de m’introduire la fameuse sonde, il a la courtoisie de m’informer qu’il va y avoir un passage délicat à forcer…

En effet, la longueur de l’urètre masculin et le fait qu’il présente plusieurs coudes rendent le sondage et les gestes rétrogrades plus difficiles. Le sphincter de l’urètre constitue, à cet égard, un obstacle qu’il faut franchir ! Le rôle du sphincter est d’empêcher l’urine de sortir de la vessie à la façon d’un clapet ; il assure ainsi la continence urinaire.

Effectivement, le passage est délicat et m’a tiré une grimace de douleur ! Pas folichon comme sensation… un mauvais moment à passer !

Bon, le tuyau est en place… je soupire… je pense que le plus dur est fait !

J’avais tort !

Allongé de la sorte, mon champ de vision est plutôt réduit, mais je présume que la sonde est reliée à un appareil qui va instiller le fameux produit…

Cette opération commence, pilotée à distance par le radiologue…

Ma vessie se remplit jusqu’au point où la sensation du besoin d’uriner commence à se faire méchamment sentir !

Bien entendu, je ne dois absolument pas bouger pendant que les premiers clichés sont effectués !

Le radiologue revient alors en me précisant qu’il va maintenant me retirer la sonde et que je dois absolument me retenir de pisser puisque d’autres clichés doivent être effectués juste avant la miction. L’effet en est presque aussi désagréable que pour son introduction ! Au moment de cette « libération » débloquant ainsi le sphincter, j’ai une irrépressible envie d’uriner en accompagnant le retrait du tuyau ! Les quelques minutes qui vont suivre seront des plus pénibles… les efforts désespérés que je dois faire pour me retenir sont difficilement supportables !

Puis vient le moment de la délivrance, dans un « pistolet », mais là encore ce n’est pas une partie de plaisir car je dois lâcher les vannes seulement par à-coups, afin de permettre la prise de clichés intermédiaires !

La fin de l’examen me laisse dans un état d’épuisement et de suées assez effrayant ! Pas près d’oublier cette épreuve… surtout qu’elle ne fait que commencer !

En effet, au bout d’un laps de temps relativement long durant lequel je suis toujours allongé sur cette table inconfortable, le toubib arrive, l’air un peu soucieux et me lâche :

– Je suis désolé, mais certaines radios ne sont pas nettes et nous allons être obligés de recommencer !

Vous connaissez l’expression du ciel qui vous tombe sur la tête ? Eh bien, c’est ce qui m’est arrivé à l’énoncé de ce diagnostic !

Même dans les pires moments, mon caractère arrive toujours à me forcer à garder un certain sens de l’humour… je n’ai pas dérogé à cette règle ce jour là puisque je revois encore le regard médusé de mes tourmenteurs lorsque je leur ai déclaré, d’un air faussement goguenard :

– Ca tombe bien… je commençais à y prendre goût !