Transplant blues – Episode 25 : Appel pour la greffe

juin 1, 2008

A la fin de l’ensemble des examens requis, j’ai été jugé candidat à la greffe et inscrit, dans la foulée, sur la liste d’attente des greffes de mon centre de transplantation (Bicètre) et mon dossier administratif a été transmis à France Transplant qui centralisait alors les données.

Cet organisme sera remplacé le 1er Décembre 1994 par l’Établissement français des Greffes (EFG), Etablissement public chargé par le Ministre de la Santé de toute l’organisation sanitaire, réglementaire et fonctionnelle des greffes en France.

Née de la loi de bioéthique du 6 août 2004, l’Agence de la biomédecine a aujourd’hui pris le relais, en particulier, en ce qui nous concerne, pour la répartition et l’attribution des greffons.

A partir de ce jour, je devais, en principe pouvoir être toujours joignable, de jour comme de nuit. J’étais, en effet, susceptible d’être appelé à tout moment si un rein compatible était « disponible ». Ce principe n’était pas évident à l’époque puisque les portables ne courraient pas encore les rues… cet ustensile, tellement banalisé de nos jours, n’était pas encore courant en 1990. Pas question de rester cloîtré à la maison à côté du téléphone dans l’attente hypothétique du coup de fil annonciateur de la bonne nouvelle ! Il fallait bien continuer à pouvoir mettre le nez dehors ! Le mieux était donc de vivre le plus normalement du monde, sans y penser. D’ailleurs, très rapidement, j’avais occulté cette problématique d’appel, pensant devoir rester en dialyse pour un bon moment avant d’être contacté ! Ce en quoi je me trompais lourdement !

Jeudi 31 mai 1990. Cela fait maintenant six mois que je suis dialysé. Ma dernière dialyse date de la veille… Ma nouvelle vie, rythmée par ces trois séances par semaine, a pris une tournure routinière. J’en ai pris mon parti… je vis un peu au jour le jour sans faire trop de projets à longue échéance.

C’est le début de l’après midi et je m’apprête à sortir, avec mon épouse, pour faire les courses. A l’instant même où nous allons partir… le téléphone sonne ! Le destin est assez incroyable ! A une minute près, j’aurai raté cet appel !

Ma femme revient sur ses pas tandis que je l’attends sur le seuil de la porte. Comme nous sommes sur le départ, je pense que l’importun sera vite expédié !

Les quelques minutes qui vont suivre vont pourtant bouleverser radicalement mon existence !

Mon épouse décroche l’appareil et je l’entends répondre « Oui », puis après quelques secondes je vois son visage se figer et littéralement blanchir… Elle me tend alors le téléphone et d’une voix à peine audible et tremblante, me dit :

– C’est l’hôpital… ils ont un rein pour toi !

Un moment de flottement… le temps que le message soit décrypté par mon cerveau pas vraiment prêt à la compréhension de cette nouvelle inattendue. Ca y est, la connexion vient de se faire… je sens que j’ai dû, moi aussi changer de couleur tandis que mon cœur s’emballe.

La conversation s’est déroulée, en ce qui me concerne, comme à travers le brouillard. Je n’ai d’ailleurs pas dit grand-chose, me contentant d’écouter les instructions du toubib de garde à l’hôpital. Celui-ci m’informa qu’un rein m’était effectivement proposé et que je devais aller à mon centre pour refaire une dialyse… que mon néphrologue venait d’être prévenu et qu’il m’attendait… et qu’ensuite je devais aller au service de transplantation de Bicètre… et que l’opération serait pour le lendemain matin !

Pas trop le temps, l’occasion ni même l’envie de poser la moindre question… J’ai du acquiescer, un peu bêtement, sonné et vidé par cette annonce ! Puis, très rapidement, ma volonté a repris le dessus. Pas d’état d’âme… pas d’hésitation… j’étais partant comme si le fait était naturel. Plus question d’aller pousser le caddie, of course ! Les affaires en cours, mon travail, les sorties : plus rien à faire ! J’ai un rendez-vous bien plus primordial que toutes ces occupations qui m’apparaissent éminemment futiles !

Si pour moi tout est clair et décidé, il n’en n’est pas de même pour mon épouse… celle-ci est bien plus affectée que moi-même. D’un naturel plus anxieux, elle envisage tout de suite le pire ! C’est à moi, en fait, de lui remonter le moral et d’essayer de lui insuffler une partie de mon énergie. Après tout, nous devions bien nous y attendre… cela devait tomber un jour ou l’autre !

Après seulement six mois de dialyse, il fallait avouer que c’était inespéré !

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