Transplant blues – Episode 26 : Hospitalisation

juin 1, 2008

Me voilà en route, sur des chapeaux de roues, vers mon centre de dialyse, pendant que mon épouse, encore toute bouleversée par la nouvelle, me prépare la petite valise d’usage pour tout hospitalisé.

Heureusement que ma voiture commence à connaître l’itinéraire car je dois dire que je conduis un peu en « état second »… Ca cogite dur dans ma caboche… de multiples pensées m’assaillent, tour à tour pleines d’optimisme et de pessimisme mélangés. Le bon côté c’est la promesse de la fin de ces séances contraignantes et de leurs chapelets de servitudes et la certitude d’une liberté d’action retrouvée. La principale angoisse est de se dire que l’on ne va pas se réveiller après l’intervention… bien qu’après tout, si cela arrive, on ne s’en apercevra pas ! Bon… et si ça marche, est-ce que l’on ne va pas rejeter subitement le greffon ? Et sinon, quid des effets secondaires des médicaments immunosuppresseurs ?

J’arrive donc au centre avec toutes ces idées en tête… je ne vais pas avoir fini de me faire un cinéma pendant les quelques heures qui vont suivrent… et encore, je ne vous dis pas la nuit que je vais bientôt passer !

Je suis effectivement attendu par mon néphrologue et une infirmière qui s’empresse de me brancher. Je pense alors que cette séance est certainement la dernière que je vais subir avant, je l’espère, bien longtemps ! Car je ne me fais aucune illusion, je sais déjà que la transplantation n’est pas une fin en soi et que je ne serai pas pour autant guéri ; il s’agit simplement d’une autre forme de traitement dont la durée de vie est limitée dans le temps (à cette époque, on la pronostiquait entre 10 à 12 ans en moyenne !)

Fin de la dialyse… mes adieux sont émus et reconnaissants envers l’équipe du jour. Chacun et chacune me souhaite bon courage et bonne chance. Je repasse à la maison pour changer de voiture car c’est ma femme qui va m’accompagner à l’hôpital dans sa petite auto… Inutile de préciser que mon épouse a passé son temps au téléphone afin d’annoncer la nouvelle à tous nos parents et amis ! C’est sûr, c’est l’événement du siècle !

Le parcours jusqu’à Bicètre me donne l’occasion de transmettre mes dernières instructions et recommandations sur les affaires en cours, les démarches à régler, mon employeur à prévenir… Je n’irai pas jusqu’à dire que je fais un mini « testament », vite fait, sur le pouce, mais cela y ressemble bigrement ! Pressé par le temps, j’ai peur d’oublier des choses primordiales… Tout ceci, malheureusement, n’est pas fait pour rassurer ma femme qui a du mal à suivre le cours de mon discours assez décousu…

Nous arrivons enfin à l’hôpital… c’est la fin de l’après midi, et arrivé dans le service de néphrologie, je ne trouve que l’infirmier de garde de nuit qui vient de prendre son service. Il est bien sûr au courant de mon admission et de son objet et me prend en charge.

Je suis installé dans une chambre particulière et commence à ranger mes petites affaires après avoir revêtu une tenue plus adéquate (en l’occurrence un jogging) Adieu ma tenue « civile »… dans combien de temps fais-je pouvoir la repasser ?

Après avoir eu l’information que l’opération est prévue pour le lendemain matin, je signifie à mon épouse qu’il est inutile qu’elle s’attarde plus longtemps… les adieux que l’on prolongent sont d’autant plus déchirants ! Elle reviendra demain en fin de matinée pour ma remontée de la salle de réveil.

Me voilà seul mais bientôt très accaparé par une batterie d’événements qui vont m’occuper pour le reste de la soirée.

J’ai tout d’abord droit à une collation très légère… pas me surcharger l’estomac avant le grand saut ! Bien que la cuisine hospitalière n’ait qu’un lointain rapport avec celle du monde extérieur (j’aurai le loisir de m’en contenter durant les semaines qui vont suivrent !), cet ultime repas me parait savoureux, d’autant plus que je ne sais pas quand j’aurai le loisir d’en déguster un prochain !

A peine ce mirifique plateau terminé, j’ai la visite d’un anesthésiste qui vient me questionner sur mes antécédents médicaux, mes traitements, mes allergies éventuelles… bref, mon CV d’insuffisant rénal au complet. Il reste assez évasif sur le déroulement de mon opération… étant de garde, il est simplement chargé de recueillir toutes les informations nécessaires à mon dossier et destinées au collègue qui officiera le lendemain.

Permettez-moi, maintenant, de démystifier un fantasme auquel beaucoup d’hommes se sont illusionnés : l’opération rasage effectuée par une accorte infirmière ! Cela s’est peut être vérifié, pour certains, en d’autres temps et d’autres lieux, mais pour ma part, cela ne s’est pas vraiment passé ainsi !

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