Transplant blues – Episode 27 : Insomnie

juin 1, 2008

Mon fameux infirmier de garde de nuit… deux mots quand même sur ce personnage que j’allais fréquenter pendant plusieurs semaines ! Un physique assez inhabituel dans ce genre de métier (par rapport à tous ceux que j’ai pu côtoyer dans mon parcours hospitalier), à savoir : pas très grand mais plutôt râblé, bien costaud dans le genre boxeur ou rugbyman, le torse et les bras passablement velus. En résumé, plus King Kong que Tom Cruise, mais éminemment compétent et sympathique ! Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences !

Pour en revenir au « rasage » obligatoire avant l’intervention, il est évident que je n’avais pas eu le temps de me livrer à cette opération avant de venir… Depuis ma pénible expérience de « boucherie » exécutée pour ma fistule, je me méfiais un tantinet de ces « raseuses » pas toujours très délicates… pour les autres passages sur le billard qui allaient suivre le présent, je prendrai donc la précaution de me dépoiler moi-même à la veille de chacune d’entre elles !

Pour la transplantation, je me doutais bien qu’il allait falloir y passer presque de la tête aux pieds ! C’était autre chose qu’un bras ! Qui, allait donc officier et dans quelles conditions ? Serait-ce mon camarade balèze – un moindre mal pour ma pudeur – ou une spécialiste du rasoir sans doute bien blasée par ce genre d’exercice ? La réponse ne se fit pas attendre…

L’infirmier m’apporta un flacon de bétadine et deux rasoirs jetables, avec, comme instructions d’aller prendre une douche en usant généreusement du désinfectant, et de me raser du torse jusqu’à mi-cuisses, en n’oubliant aucun coin, bien entendu ! Finalement, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ! Par contre, je peux vous certifier que le rasage à sec (pas de savon ni de mousse à raser du style que la lame glisse toute seule sur la peau !) debout dans une douche, sans miroir et avec des rasoirs des plus basiques (pas de ceux où la première lame soulève le poil, la deuxième le coupe et la troisième lui fait une petite caresse !) ce n’est vraiment pas de la tarte ! La bétadine a aussi servi, dans ces circonstances, à désinfecter les coupures ! Bref, tous ceux qui sont déjà passés par cette périlleuse expérience me comprendront !

Mon camarade vint inspecter le résultat dès mon retour dans ma chambre et jugea que le travail avait été correctement réalisé. Il me précisa que je devrais prendre une nouvelle douche/Bétadine le lendemain matin, juste avant d’enfiler la fameuse blouse en papier réglementaire… vous savez, de celle qui ne ferme qu’à moitié dans le dos et qui vous laisse généreusement les fesses à l’air ! L’hôpital, un monde cruel et sans pitié où vous perdez toute identité et civilité !

Puis il me tendit un imprimé en me précisant qu’il s’agissait d’un nouveau protocole expérimental qui me serait appliqué, si j’en étais d’accord. Après une rapide lecture qui ne m’apprit pas grand-chose de plus sur les modalités de ce traitement, et sans me poser trop de questions, je le signais. Certains trouveront sans doute cette attitude un peu légère, mais… dans l’euphorie du moment, j’étais prêt à accepter beaucoup de choses, me remettant entre les mains des spécialistes. Si j’avais pu alors savoir les conséquences de ce que cette décision allait entraîner, je me serais certainement abstenu ! Nous y reviendrons plus tard !

Me voici seul désormais au seuil d’une longue nuit où j’aurai bien du mal à fermer l’œil. La perspective de ce qui devait arriver le lendemain, les craintes, les incertitudes mais aussi une certaine excitation à l’approche de ce changement radical de ma vie… comment faire le vide et s’endormir. Moi qui par nature avais souvent des périodes d’insomnies à la moindre contrariété ou d’activité professionnelle un peu intense, il ne fallait pas s’illusionner face à une pareille aventure !

Et puis même si j’avais, par miracle, pu commencer à m’assoupir, le passage régulier des collègues de garde de mon infirmier, entrant dans la chambre sans ménagement et allumant d’autorité la lumière pour me contrôler tension et température, m’en aurait totalement dissuadé ! Les nuits sont tout sauf calmes dans les services hospitaliers… de bons moments étaient en préparation, à ce sujet !