Transplant blues – Episode 29 : Salle de réveil

juin 1, 2008

Ca grouille dans la salle d’op’… j’ai un peu de mal à faire la distinction entre les hommes et les femmes avec leurs tenues qui ne concèdent pas grand-chose de leurs formes ! Heureusement, on arrive à les repérer à la voix. Tout ce beau petit monde, oui, c’est bien pour moi ! Et encore, les feux de la rampe ne sont pas encore allumés au-dessus de la vedette ! De temps en temps, au milieu de ce remue-ménage et d’installations de matériels, j’ai droit à quelques paroles des unes ou des autres lorsqu’ils s’agitent auprès de ma personne. Une bonne âme m’a enveloppé dans une couverture chauffante, c’est plutôt sympa comme attention !

Inutile de dire que je ne sais pas quel est le chirurgien qui va officier… je ne le saurai ni verrai d’ailleurs jamais ! Etrange pour une intervention de cette importance !

Je me suis transbahuté de mon lit sur la table où je suis crucifié les bras en croix sur des attelles : pas le même confort ! L’autel du sacrifice, le truc bien dur, bien étroit, une vraie partie de plaisir ! Vivement que je m’endorme pour ne plus avoir le dos en compote ! Quoique, le réveil ne devrait pas être triste au niveau des douleurs !

Voilà justement l’anesthésiste qui se pointe et m’informe qu’il va m’injecter le cocktail qui va me plonger dans les bras de Morphée ! C’est bizarre, dans les films on voit presque toujours des anesthésies faites avec le fameux masque… pour ma part, je n’ai jamais eu droit, lors de mes multiples passages sur le billard, à l’usage de cet accessoire ?

Le temps de compter jusqu’à… je n’en sais rien… rideau !

Là, normalement, je devrais laisser un énorme blanc dans la page, censé représenter le trou où je me suis enfoncé et durant lequel on m’a gentiment charcuté. Je ne vais pas vous raconter comment cela s’est passé, car bien que directement concerné, je n’étais pas vraiment présent. La transplantation sous péridurale, ce n’est pas encore prévu au programme ! Remarquez, cette technique, j’y aurai droit quelques années plus tard pour des hernies… plutôt marrant d’entendre les chirurgiens et infirmières discuter de la pluie et du beau temps pendant qu’ils vous coupent et recousent… ce n’est pas comme dans Urgences ou Grey’s anatomy… les conversations sont plus terre à terre que techniques… Encore un mythe qui s’envole !

Quand on y pense, l’impression est très étrange de savoir que l’on ne maîtrise alors plus rien durant cette « petite mort ». Notre corps est totalement livré aux bons plaisirs d’une bande d’énergumènes, sans aucune retenue, complexe ou pudeur… Vas-y que je t’ouvre, te découpe, te suture, te bricole… la belle plomberie chirurgicale ! Il ne vaut mieux pas y penser ! Totale confiance… comment faire autrement ?

L’intervention a duré un certain temps… là encore, aucune information à ce sujet lors de mon retour à la conscience… Je n’ai d’ailleurs qu’un vague souvenir de cette émergence, ramené à la vie par une voix qui me demande de me réveiller, comme à travers un brouillard. J’aperçois un vague visage féminin penché au-dessus de moi… le réveil est assez pénible… je n’ai qu’une seule envie : replonger dans les vapes… foutez-moi la paix encore un peu, il est bien temps de retrouver la dure réalité !

Je mijote ainsi, entre sommeil et réveil, plutôt vasouillard, avec une perception amoindrie de tous mes sens. Je me laisse flotter… mon organisme n’a pas encore fini de se débarrasser des substances diverses et variées dont on l’a copieusement alimenté. Au loin, des bips et autres sons incongrus de machines, des conversations feutrées, des allez et venues de blouses blanches…

Au bout d’un certain temps, on doit juger que j’ai suffisamment recouvré mes esprits et on me donne un bon de sortie. Bye, bye la salle de réveil et remontée dans les étages en me laissant bercer !

J’ai juste le temps d’apercevoir fugacement les visages de mon épouse et de mon fils qui m’accueillent dans le couloir du service et semblent rassurés de mon retour parmi les vivants !

Un vague sourire façon grimace pour leur signifier que tout va bien, et me voici de nouveau dans ma chambre.

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