Transplant blues – Episode 32 – Première nuit

octobre 19, 2008

Les heures s’égrènent à mon insu. J’ai perdu la notion du temps. Je surnage, entre sommeil et veille, rythmés par le va-et-vient des infirmières qui surveillent périodiquement mes « paramètres » : tension, température, contrôle des appareils et de mes perfs. Mes perceptions sont au ralenti, mon esprit est brumeux, une immense fatigue semble alourdir mon corps. Toujours pas de vraie douleur, juste une gêne persistante au niveau de la gorge. J’ai du mal à déglutir et j’ai terriblement soif. Je saurai, plus tard, que ces sensations désagréables sont dues au traumatisme résultant de l’introduction du tube d’intubation trachéale utilisé durant l’anesthésie.

Pour ce qui est de boire, il me faudra attendre encore bien des heures ! Cela ne m’empêche pas de pisser, à mon corps défendant d’ailleurs puisque je ne m’en rends pas compte grâce à la sonde qui vide directement et en continu ma vessie dans la poche accrochée sur le côté de mon lit. Les infirmières en transvaseront régulièrement le contenu dans un grand bocal gradué posé dans les toilettes attenantes. La diurèse peut être ainsi mesurée, signe d’un fonctionnement correct du greffon. Je vais ainsi, durant les premières heures, restituer les litres perfusés au cours de l’opération.

Le soir, puis la nuit, arrivent. Cela n’apporte pas grand changement à ma situation. Qu’il fasse clair ou noir dans ma petite chambre, je suis toujours couché de la même façon. La seule différence, c’est que j’ai enfin émergé de cette léthargie cotonneuse ! La résultante, c’est qu’au lieu de dormir, comme cela devrait être le cas à cette heure, je suis de plus en plus réveillé ! Etant d’un naturel habituellement enclin à l’insomnie dès que je suis soucieux, je ne déroge donc pas à cette règle. Ma première nuit post greffe sera pratiquement blanche et peuplée de bien des cogitations, mélange de joie et de reconnaissance pour cette greffe qui semble s’être bien passée, mais aussi de craintes et d’inquiétudes sur l’avenir de ce greffon !
Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le pire. Est-ce que les sutures vont tenir ? Est-ce que le rein va continuer à fonctionner ? Est-ce que je vais faire un rejet ? Fièvre, infection, repassage sur le billard ? Ces risques peuvent arriver, je me suis assez documenté sur le sujet durant mes mois d’attente.

Et quand enfin je commence à vraiment m’assoupir, au petit matin, branle-bas de combat dans le service : l’équipe de jour vient de prendre la relève avec une grande animation. Le slogan « Hôpital silence » n’est de mise qu’à l’extérieur car c’est loin d’être le cas quand on y réside jour et nuit ! Je n’ai pas fini de le découvrir à mes dépens ! Mais je vous en donnerai le summum de cette illustration, un peu plus tard !

Ma nouvelle infirmière attitrée fait irruption dans ma chambre avec un tonitruant « Bonjour ! », partant du principe que je suis, comme elle, parfaitement réveillé et en grande forme ! Pour ce qui est du réveil, c’est fait, merci ! Quand à la forme, j’ai connu des jours meilleurs. C’est le genre « lendemain de cuite » en un peu plus musclé !

En guise de petit déjeuner, j’ai droit aux mesures d’usage ainsi qu’à une prise de sang. Cette dernière sera d’ailleurs quotidienne pendant l’intégralité de mon séjour. Les résultats de cette analyse, connus aux alentours de midi, seront toujours attendus avec anxiété, principalement en ce qui concerne les variations de la créatinine, principal témoin du bon fonctionnement du greffon. Une hausse certaine du taux pouvant signifier un possible début de rejet.
Mais pour le moment, j’ignore encore les affres de ce challenge quotidien. Je débute dans la fonction de transplanté. Je me laisse donc faire, en confiance.

Mon estomac commence à lancer des appels de détresse : j’ai faim ! Pas question pour autant d’avaler quoi que ce soit encore ce matin, pas même un peu d’eau ! Euh ? L’infirmière ne s’est heureusement pas rendue compte que j’avais déjà tété (très légèrement) au goulot de la bouteille qui avait été disposée sur ma table de chevet, la veille, sans doute par habitude par une femme de service ! Le supplice de Tantale, très peu pour moi ! J’espérais alors que ce manquement aux consignes n’allait pas contrarier mon état ! Tant pis, j’avais vraiment trop soif !

Après ce grand remue-ménage, calme plat. On me laisse mijoter dans ma solitude. J’en profite pour repiquer du nez et somnole gentiment.

Quelques heures plus tard, nouvelle irruption de deux aides soignante accompagnées de l’infirmière. Celles-ci viennent refaire mon lit et m’annoncent, tout de go, que j’allais en profiter pour faire mes premiers pas en direction de la salle de bain ! Quoi ? ! Mais ça va pas, la tête ! Je viens juste d’être opéré, on m’a ouvert le bide sur plus de vingt cinq centimètres ! Je ne vais jamais pouvoir mettre un pied hors du lit, j’en suis totalement incapable !

Elles rigolent gentiment, s’amusent de ma panique… bon, c’est sûr, elles ont plus l’habitude que moi, mais c’est quand même moi qui dois faire l’effort, non ? Je voudrais bien les y voir, tiens !

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